Le MR s’est-il viandé ?

Le MR s’est-il viandé ?
Le MR s’est-il viandé ? - © Tous droits réservés

Le MR a choisi une campagne polarisante, une stratégie de l’affrontement et cible Ecolo. Le dernier exemple en date est une vidéo publiée sur les réseaux sociaux où le MR accusait Ecolo de vouloir taxer la viande. Une vidéo qui a déclenché énormément de réactions, surtout négatives, puisque la mesure ne figure pas explicitement dans le programme d’Ecolo.

Bad buzz

En plus de caricaturer Ecolo (et, en passant, en caricaturant le monde agricole et les bouchers), la vidéo ne gagnera pas un oscar. Les acteurs n’ont pas fait l’actor's studio, l’amateurisme de sa production est flagrant. Elle a du coup suscité énormément de moqueries et généré un bad buzz, en particulier sur Twitter. Pourtant, rien ne dit qu’elle n’atteigne pas son objectif : profiler le MR comme meilleur ennemi d’Ecolo. Car ce type de contenu « amateur » est bien connu en marketing. Souvenez-vous des campagnes pub de « Tonton tapis ». L’amateurisme assumé permet de se différencier, de miser sur la proximité, la complicité, le bon sens populaire. La vidéo a un côté disruptif qui fonctionne beaucoup sur les réseaux sociaux. Beaucoup se moquent, raillent le côté « bourrin » de la chose, mais c'est un fait, la vidéo a été largement commentée. 

Amateurisme assumé ?

La question est : est-ce que l’amateurisme de la vidéo est assumé ou non ?

Postulons que non. Postulons que cette video a été pensée au premier degré, sans anticiper les moqueries qu’elle allait susciter. Cela veut dire que le MR gère sa communication en mode amateur. C’est possible car les libéraux sont dans une situation délicate et plutôt divisés sur la stratégie à suivre. Le MR se serait alors viandé.

Mais on peut postuler l’inverse. L’amateurisme assumé de cette vidéo a comme objectif de toucher un électorat, plus populaire, moins conscientisé aux enjeux écologiques. L'objectif espéré est une remobilisation autour du MR, surtout dans les zones rurales. Une campagne disruptive, anti-consensuelle, autour d’un thème qui divise plus la population qu’on ne le pense. Notre dernier sondage l'a montré. En ce sens, le MR ne s’est pas viandé. La thèse du MR est qu'il règne un consensus médiatique autour d'Ecolo qui n'est pas corrélé à un consensus sociologique. 

Amateurisme assumé ou non, on doit observer en tous les cas un choix délibéré de l’affrontement, une stratégie de la polarisation. Prenez deux semaines de déclarations du MR en vrac : « Ecolo veut massacrer la classe moyenne », « Ecolo c’est des taxes et du chômage », « le musée des horreurs d’Ecolo », « Ecolo c'est le PTB version soft »…les attaques sont violentes et répétées.

Cette stratégie peut remobiliser une partie de l’électorat que le MR semble avoir perdu dans les sondages. Le problème c’est qu’elle risque aussi d’éloigner définitivement une autre partie de l’électorat. Un électorat plus jeune, plus urbain, plus sensible aux enjeux environnementaux que le MR avait largement perdu lors des élections locales. Cet électorat qui a fait défaut en octobre, le MR semble avoir fait une croix dessus. Tout comme le MR semble faire une croix sur une alliance avec Ecolo. Non, on ne polarise pas sans casser des œufs.

Campagne sans nuance

Autre conséquence de cette stratégie libérale, le niveau de la campagne est tiré vers le bas. Côté francophone, on commence à y être habitué. On se souviendra de la stratégie socialiste du « bain de sang social » d’Elio Di Rupo lors des dernières campagnes. Pour aller chercher un électorat de plus en plus éloigné de la politique, l’outrance, voire la provocation est une stratégie qui a fait ses preuves depuis longtemps. La caricature du programme des adversaires est un vieux classique de la vie politique. Mais ce vieux classique comporte toujours un risque, surtout pour les partis qui souhaitent garder un ancrage au centre (centre gauche ou centre droit), c’est que cela peut faire fuir les électeurs modérés qui cherchaient encore vainement un peu de nuance et de sérieux.

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