Le mot du jour: "Condamnation"

Fabrice Grosfilley
Fabrice Grosfilley - © RTBF

Condamnation : décision de justice qui inflige une peine. Pour être condamné il faut être coupable.

Le mot condamnation désigne à la fois la sentence, une condamnation pour faux et usage de faux par exemple, et la peine, je suis condamné à des travaux d'intérêt général par exemple. Hier la cour d'appel de Liège a condamné le primat de Belgique Monseigneur Léonard à payer 10 000 euros à la victime d'un prêtre pédophilie. L'évêque "n'avait pas réservé les suites qu'il fallait à cette affaire." Comprenez qu'il n'avait pas vraiment écouté la victime et plutôt protégé le coupable. Il y a dans l'idée de condamnation l'idée d'une infamie. Pas de faute, pas de condamnation, on est blanchi. La condamnation c'est donc une tâche. On cherche d'ailleurs souvent à "effacer" une condamnation. Puisqu'on parle religion dans condamner il y a damner, la damnation c'est la condamnation éternelle, elle nous envoie en enfer.

Condamner le primat de Belgique : tout un symbole

Ce jugement confirme que certains ont parfois eu du mal à saisir qu'en matière de pédophilie il n'y avait pas des prêtres et des fidèles mais des abuseurs et des abusés. De la condamnation d'un évêque à la condamnation de l'Eglise il n'y a qu'un pas. C'est l'autre sens du mot condamnation. Hors contexte judiciaire condamner veut dire dénoncer, blâmer, réprouver. Ainsi le massacre d'un million et demi d'Arméniens à partir de 1915 est évidement condamnable. D'où l'importance du débat sur l'emploi du terme de génocide. Le génocide est un crime contre l'humanité. Dire le mot c'est condamner son auteur, en l'occurrence l'empire ottoman, ancêtre de la Turquie. Si cette condamnation est d'abord une condamnation morale et historique elle peut aussi ouvrir la voie à une condamnation juridique, avec reconnaissance d'un préjudice et réparation nécessaire.

On peut gloser à l'infini pour savoir si le dépôt d'une gerbe de fleur est aussi fort qu'une minute de silence, ce qui est important c'est que la condamnation ait lieu et qu'elle soit unanime. Même si le devoir de mémoire nous impose de d'abord penser aux victimes avant de s'affronter sur le vocabulaire.

On terminera en précisant que condamner une porte ou une fenêtre c'est faire en sorte qu'elle ne puisse plus s'ouvrir. C'est évidemment plus facile que condamner un ecclésiastique ou un génocide : si une porte doit être ouverte ou fermée, un débat d'idée est rarement clos.

Fabrice Grosfilley

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