Le coronavirus a envoyé l'Etat aux soins intensifs

Le covid a mis l'Etat au soins intensifs
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Le covid a mis l'Etat au soins intensifs - © Tous droits réservés

Le Covid a mis l’État belge aux soins intensifs. L’économie mettra cinq ans pour se redresser et encore pas complètement. Mais les finances publiques ressortent lessivées de l’aventure. Elles sont durablement, structurellement fragilisées. C’est l’une des conclusions du Bureau fédéral du plan, dans ses prévisions économiques. Le Bureau du plan qui est donc un institut public indépendant. Leurs prévisions comptent beaucoup dans la mise en place des politiques publiques. Ses données vont s’inviter à la table de négociation d’un nouveau gouvernement.

Croissance insuffisante

Que dit le bureau du plan ? Il essaie de dire ce qui va se passer à politique inchangée. Et si le Covid ne revient pas une deuxième fois. Pour le contexte économique d’abord. Après un effondrement de 10% du PIB, le bureau du plan table sur une reprise forte en 2021. La croissance sera alors de 8% mais retombera très vite au niveau d’avant 2020 autour d’un pour cent. Ce qui veut dire qu’il faudra beaucoup de temps pour éponger les conséquences économiques du Covid.

Si on ne fait rien de plus qu’aujourd’hui le chômage ne reviendra à son niveau d’avant Covid qu’en 2025. 108.000 personnes ont ou vont perdre leurs emplois cette année et l’année prochaine. Le rebond de l’emploi ce sera à partir de 2022. L’investissement dans les entreprises n’atteindra son niveau d’avant Covid qu’en 2024.

Tiens, 2024 une année électorale. Si un gouvernement est formé et ne tombe pas (ce qui je vous l’accorde est hautement hypothétique à l’heure actuelle). Ça veut dire qu’au moment d’aller voter les conséquences de la crise Covid seront seulement en train de s’estomper.

Les finances dans le rouge

L’économie se relèvera donc selon le bureau du plan. Difficilement, mais elle se relèvera. Par contre les finances publiques restent au tapis. La dette va grimper à 120% du PIB. Cette année l’état sera, tenez-vous bien, en déficit de 47,5 milliards d’euros. Cet argent a permis d’éviter le naufrage du pays. L’Etat, surtout le fédéral a permis de maintenir l’emploi public et d’éviter d’ajouter des chômeurs supplémentaires. L’Etat, surtout le fédéral, a mis en place des mesures de soutiens massives du pouvoir d’achat. La sécurité sociale a joué son rôle. Résultat 60% des pertes de revenus des particuliers ont été absorbées par les pouvoir publics.

38% de pertes des sociétés ont été épongées par la collectivité. Ainsi le revenu disponible réel des particuliers, ce que nous avons dans notre poche s’est réduit de 2% en 2020. Seulement 2% même si certains ont souffert plus que d’autres. L’État fédéral a joué un rôle déterminant d’amortisseur économique. Mais cela dégrade fortement sa situation budgétaire.

Structurellement déficitaire

L’État fédéral était déjà à l’hôpital. En difficulté chronique depuis la crise de 2008 (pour ne pas remonter plus loin). Ici il est poussé aux soins intensifs. L’indicateur le plus marquant, le pouls budgétaire de l’Etat c’est le solde primaire. Et il est très inquiétant. Le solde primaire, c’est ce que l’Etat à la fin de l’année dans son portefeuille sans compter la charge de la dette. C’est-à-dire la différence entre les recettes et les dépenses. Ce solde sera déficitaire et il va rester historiquement déficitaire selon le bureau du plan. Même dans 5 ans ce sera encore près de 5% de déficit.

Or un Etat ne peut rester structurellement déficitaire hors charge d’intérêt. Après 2008 ce solde s’était effondré déjà mais à peine d’un pour cent. Il a fallu les assainissements plus ou moins volontaristes des gouvernements Di Rupo et Michel pour commencer à retrouver très difficilement des petites marges. Des marges en partie mangées par le tax shift et les politiques de soutien aux entreprises menées par la coalition suédoise.

 

Comme on peut le lire sur ce graphique du Bureau du plan, la dernière fois que le solde primaire s’est dégradé à ce point-là, c’était après le choc pétrolier de 73. Le solde primaire s’était lentement dégradé jusqu’en 1981. Pour le redresser la Belgique a encaissé près de 20 ans de rigueur, des sauts d’index, une dévaluation du franc belge. Les gouvernements Martens-Gol dans les années 80, puis ceux de Dehaene dans les années 90. Différence importante, à l’époque il y avait en plus le problème des taux d’intérêt très élevés. Ça n’est plus le cas aujourd’hui. Mais malgré tout, le Covid laisse l’état en situation instable, en grande fragilité aux soins intensifs, en particulier au niveau fédéral. Cette situation ne pourra pas durer.

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