Le CD&V, maillon faible de la Vivaldi

Le dossier potentiellement explosif au gouvernement fédéral les visites domiciliaires – qu’on appellerait désormais "droit de visite" – est une nouvelle illustration du grand écart idéologique au sein de la Vivaldi, de la situation relativement figée de ce gouvernement et des difficultés d’un parti autrefois central. Rapide rappel des faits : vendredi matin, le secrétaire d’Etat à l’asile et la migration, le CD&V Sammy Mahdi, a présenté une note au kern, le comité ministériel restreint. Note qui avait fuité dans la presse flamande, avec parmi les différentes mesures, une surprise : le retour de la possibilité, pour la police, d’effectuer des visites domiciliaires. Ces fameuses visites domiciliaires, qui, sous la précédente législature, devaient permettre d’arrêter une personne en séjour irrégulier à son domicile ou chez un tiers. Ces visites domiciliaires avaient finalement été remises au placard, après une fronde de l’opposition francophone, mais aussi d’une partie du MR, on se souvient de Christine Defraigne, par exemple, qui avait été en première ligne contre cette mesure. Et voilà ce projet, rebaptisé ici "droit de visite", qui revient sur la table. Dans une version revue, presque aseptisé, on ne parle plus de domicile tiers, ce serait en tout dernier recours, avec l’accord du pays d’origine, etc. Le projet est donc différent, mais l’opposition PS-Ecolo au précédent gouvernement est désormais partie prenante du gouvernement actuel, et la réponse a été cinglante. Avant même la kern de vendredi matin, le vice-premier vert Georges Gilkinet twittait "no pasaran", comprenez ce projet ne passera pas. Même réaction du PS et de Groen autour de la table du conseil des ministres. Le projet va-t-il valser à la poubelle ? C’est assez possible, parce que l’opposition est très forte et on a du mal à imaginer les verts et le PS revenir sur leur position affichée de façon assez déterminée. Officiellement, il ne s’agissait que d’un premier tour de table, un travail de "re-précision" sera réalisé, mais bon, à la rue de la Loi, il faudrait un petit miracle pour que ce projet soit maintenu.

Jurisprudence IVG

Ce n’est pas la première fois qu’un projet passe à la trappe de cette façon. C’est même écrit sur le faire-part de naissance de la Vivaldi, lorsqu’il a fallu, je cite Paul Magnette, "écouter le CD&V" sur le dossier de l’IVG. De la même manière, il a fallu écouter les partis de la Suédoise qui ne voulaient pas détricoter l’héritage socio-économique du gouvernement précédent, avec, par exemple, la loi de 1996 sur la compétitivité, loi accusée de tous les maux par les syndicats et la gauche du gouvernement. Et dans ce dossier-ci des visites domiciliaires, l’été dernier, les négociateurs écologistes les avaient explicitement exclus de l’accord de gouvernement. Ne restait qu’une seule phrase, page 95, selon laquelle le gouvernement "prendra des mesures pour empêcher que l’éloignement soit rendu impossible par une absence manifeste de collaboration." C’est en réponse à cette phrase que Sammy Mahdi a présenté cette mesure, mais il faudra, ici aussi, écouter PS, Ecolo et Groen, qui n’en veulent pas, quelle que soit sa nouvelle appellation. Et ce, même si les quatre autres partis de la Vivaldi soit soutiennent cette mesure, soit estiment qu’on peut négocier : c’est d’ailleurs le cas de Vooruit, les socialistes flamands. Mais voilà, il y a la jurisprudence IVG qu’on peut résumer ainsi : si une mesure n’est pas dans l’accord de gouvernement et si elle franchit une ligne rouge absolue d’un partenaire, on oublie.

CD&V dans les limbes

Ça tombe assez mal pour le CD&V, qui aurait bien voulu se refaire la chique après deux sondages consécutifs assez catastrophiques avec à peine 10% d’intention de vote. Le sondage de la VRT montre que le parti perd des voix à gauche et à droite et que le CD&V ne peut revendiquer aucun thème particulier. Les chrétiens-démocrates sont dans les limbes et les raisons sont nombreuses : pas de personnalité encore marquante au gouvernement fédéral, Hilde Crevits, la star du parti, est dans l’ombre de Jan Jambon dans le gouvernement flamand, la communication du président Joachim Coens est critiquée : il admet d’ailleurs lui-même, qu’il peut faire mieux. Et donc rien de tel qu’un dossier relativement consensuel au nord du pays, l’asile et la migration, pour tenter de relancer la machine. Finalement, sauf grande surprise, il n’en sera rien. Il faudra bien, à un moment, que le CD&V s’y retrouve dans cette Vivaldi dans laquelle il est rentré à reculons. Et on ne voit rien pas grand-chose, à part l’institutionnel, qui pourrait servir de trophée au CD&V, un CD&V qui apparaît comme le maillon faible de la Vivaldi.

Ce week-end, les chrétiens-démocrates flamands ont revu leurs statuts, pour permettre plus de démocratie interne, dont, c’est une première hors partis écologistes : le choix des ministres ne sera une prérogative du président, mais une décision collégiale. Rien qui ne permettra au CD&V de revenir à 20%, l’objectif du président Coens. Rendez-vous en décembre pour un congrès programmatique, censé relancer la démocratie chrétienne flamande. Quelques semaines avant que le cdH ne refasse sa mue, côté francophone. Le centre politique est en crise, alors que la Belgique est dirigée par une coalition au centre. C’est ça aussi la politique.

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