Le cadeau du Roi à Bart De Wever

Philippe Walkowiak
Philippe Walkowiak - © RTBF

Sans doute rarement un discours du Roi aura suscité autant de commentaires et soulevé une telle polémique. Un discours qui finalement pourrait avoir les effets inverses de ceux recherchés...

Que pouvait rêver de mieux sous le sapin, le leader de la N-VA ? Depuis sa fondation, le parti nationaliste n’a de cesse de répéter que le Roi joue un rôle politique démesuré dans une démocratie du XXIème siècle, que le Palais est trop proche des thèses francophones, que la Flandre et ses représentants sont niés et qu’Elio Di Rupo instrumentalise Albert II.

Et en un discours, tout cela se voit confirmé. Bart De Wever a reçu son cadeau de Noël, du palais royal qui plus est !

Le chef de l’Etat est-il pour autant sorti de son rôle ?

Extrait :   En ces temps perturbés que nous vivons, soyons vigilants, et montrons-nous lucides face aux discours populistes. Ils s’efforcent toujours de trouver des boucs émissaires à la crise, qu’il s’agisse de l’étranger ou des habitants d’une autre partie de leur pays. Ces discours existent aujourd’hui dans de nombreux pays européens et aussi chez nous.

La crise des années 30 et les réactions populistes de cette époque ne doivent pas être oubliées. On a vu le mal que cela fit à nos démocraties.

Le chef de l’Etat cible assez clairement la N-VA, qui reste le seul parti (mais le patronat flamand ou certains élus CD&V n’en sont pas loin) à pointer du doigt ces Francophones qui " empêchent la bonne gestion du pays " ou " retardent la Flandre " dans son développement. La N-VA est populiste mais est-ce le rôle du chef de l’Etat (qui n’a de légitimité démocratique que parce que ses propos sont contresignés par le gouvernement) de montrer ainsi du doigt le premier parti de son Royaume ? Elio Di Rupo fait sans doute jouer au Roi un rôle qui aurait dû être le sien.

La comparaison avec les années 30 est hasardeuse.

La N-VA joue le jeu des institutions et il n’y a pas comme à l’époque des milices armées dans nos rues ni de référence à de grands états ou à une idéologie fascisante. Bart De Wever, en historien, vient le rappeler douloureusement au Roi quand il évoque son père, Léopold III, sensible à certains discours autoritaires de l’époque.

Il est toujours dangereux d’en appeler au passé pour témoigner du présent.

Depuis sa mise en place, le gouvernement Di Rupo peine à s’imposer en Flandre où il est, qui plus est, minoritaire. Le Premier Ministre n’est guère soutenu dans cette entreprise par ses vice-premiers flamands, tétanisés à l’idée de s’opposer trop frontalement à la N-VA avec qui il a fallu composer après les communales et avec qui il faudra encore le faire après l’échéance électorale de juin 2014.

Ce discours risque finalement d’avoir les effets inverses de ceux recherchés : il a remis à l’ordre du jour le " rabotage " des pouvoirs du Roi et sans doute un peu plus éloigné le gouvernement fédéral de l’opinion publique flamande.

Philippe Walkowiak

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