La Vivaldi n’est pas (encore) un "kibbelkabinet"

Le précédent gouvernement dirigé par Charles Michel avait rapidement été surnommé, au nord du pays, le "kibbelkabinet", qu’on peut traduire par "gouvernement de la dispute". C’était singulièrement le cas entre les trois partis flamands et on sait comment ça s’est terminé. Il n’y a pas encore lieu de parler de "kibbelkabinet" pour la Vivaldi, car pour le moment, les conflits ne sortent pas du gouvernement. Mais cette première version du plan de relance a provoqué pas mal de crispation.

Ainsi, le comité ministériel restreint de vendredi n’a pas été une sinécure. La veille, lors de la dernière réunion préparatoire, le jeudi, les "knelpunten", c’est-à-dire les éléments sans accord, étaient très nombreux. Au point où, lorsque vendredi matin, débute le comité restreint, le Premier ministre arrive avec une liste très différente de qui était sorti de la réunion de la veille. De quoi braquer les autres familles politiques.

Et ça a donc coincé, sévèrement, au point où la communication aux médias voulue par le Premier ministre à 14 heures, a dû être reportée. Il a fallu passer par des bilatérales, des discussions en face-à-face avec le Premier ministre en mode démineur, lui qui voulait absolument aboutir. Et finalement un accord est survenu très tard en fin d’après-midi. Résultat, une couverture très limitée dans les JT des quatre principales chaînes de télé.

Faut-il rénover le Palais de Justice avec des fonds européens ?

Cette discussion a achoppé, entre autres, sur le Palais de Justice. Et c’est un débat intéressant. Rénover ce Palais, est-ce que ça va permettre de relancer l’économie en rendant notre pays plus prospère, plus résilient et plus vert sur le long terme, pour reprendre les mots du secrétaire d’Etat à la Relance, le PS Thomas Dermine ?

Pour pas mal de participants au kern de ce vendredi, la réponse était non, qu’il eut plutôt fallu investir dans d’autres aspects plus concrets pour les justiciables, ou encore dans la numérisation de la Justice, par exemple.

Le secrétaire d’Etat à la numérisation, le MR Mathieu Michel, poussait, lui, pour la rénovation. Et pourquoi donc ? Parce que dans ses attributions, c’est cocasse, il y a la Régie des bâtiments, qui est responsable des travaux du Palais de Justice, des travaux entamés alors que j’avais trois ans, et j’en ai 39 aujourd’hui.

Outre le MR, le Premier ministre Alexander De Croo soutenait également le projet, car il s’agit, et c’est vrai, d’un symbole important pour Bruxelles et la Belgique.

Néanmoins, il y a eu un vrai blocage, qui s’est finalement réglé à la belge : le projet Palais de Justice, numéro de dossier (ID) 125 avec une demande de plus de 100 millions, a été intégré au numéro de dossier (ID) 124, c’est-à-dire "rénovation énergétique des bâtiments dans le cadre du plan national énergie climat". Les mauvaises langues parleront de greenwashing. Et finalement, c’est un petit 60 millions qui est demandé à l’Europe.

Une communication à revoir

Que retenir de cette séquence ? D’abord, que c’est un gouvernement qui se tient. Cette négociation, aurait pu, typiquement, provoquer de solides frustrations et on aurait pu imaginer le PS, le CD&V ou les Verts émettre un veto et renvoyer la discussion à plus tard. Ça n’a pas été le cas, l’arracheur de prises Alexander De Croo circa 2010 est devenu en 2021 faiseur de pont. Ce n’est donc pas encore, un "kibbelkabinet". On notera, tout de même, qu’en dehors du gouvernement, là, ça se chamaille, surtout, entre PS et MR, pour des raisons différentes. Le MR, seul parti de centre-droit, doit montrer sa différence dans une coalition plutôt de centre-gauche. Et le PS, lui, doit montrer qu’il est certes un parti gestionnaire, mais qu’il reste ancré à gauche, pour répondre à la poussée du PTB en Wallonie et à Bruxelles.

On peut aussi s’interroger sur la façon dont la réfection du Palais de Justice sera accueillie au niveau européen. Réduire l’empreinte écologique du Palais, ça a tout son sens, c’est clair. Mais est-ce vraiment à l’Europe de venir au secours d’une gestion calamiteuse de ce dossier par les autorités belges depuis plus de trois décennies ?

Et puis, on peut se poser des questions sur les qualités de communication de ce gouvernement. Ce plan de relance, cette "Facilité pour la Reprise et la Résilience" – c’est son nom officiel - ce sont des bonnes nouvelles gratuites. Elles sont rares en politiques, les bonnes nouvelles, et surtout ces derniers temps. L’équipe Vivaldi aurait dû beaucoup mieux communiquer et ne pas se précipiter avec une conférence de presse qui n’a eu aucun impact. Ce problème de communication est désormais structurel pour la jeune équipe formée autour d’Alexander De Croo. Il va leur falloir muscler leur com'. Lors du deuxième tour de ce plan de relance d’ici quelques mois, car tout cela va être revu. Et surtout dès la fin de la semaine, car un nouveau comité de concertation nous attend vendredi. Il en va de l’acceptation des mesures qui seront annoncées, et plus globalement, de la crédibilité de la Vivaldi.
 

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK