"La vie d'Adèle": après la polémique, le film!

Le réalisateur de la Vie d'Adèle Abdellatif Kéchiche, à Cannes, entouré de ses deux actrices
Le réalisateur de la Vie d'Adèle Abdellatif Kéchiche, à Cannes, entouré de ses deux actrices - © AFP PHOTO / VALERY HACHE

C’était la polémique de l’été: Abdellatif Kéchiche est-il un tyran sur les tournages ? Vilipendé par une partie de son équipe technique, puis par une de ses actrices Léa Seydoux, le cinéaste a fini par prendre la pose de la victime et souhaité que son film, "trop sali par ces calomnies", ne sorte pas. Trève de règlements de compte, aujourd’hui, "La vie d’Adèle" est en salles. L’occasion de parler enfin du film proprement dit.

La vie d’Adèle

Avant tout, il faut rendre à César ce qui est à César: "La vie d'Adèle" puise son inspiration dans une bande dessinée, un roman graphique de Julie Maroh, auréolé du prix du public au Festival d'Angoulême. C'est un récit largement autobiographique.

"La vie d'Adèle" nous montre une jeune adolescente dans un lycée de Lille. Issue d'un milieu modeste, Adèle se cherche, sort brièvement avec un garçon mais reste insatisfaite par cette relation. Un jour, elle croise le regard d'Emma, une jeune fille plus âgée qu'elle, étudiante aux Beaux-Arts. Avec ses cheveux teints en bleu, avec toutes ses références culturelles, Emma fait rêver Adèle et l'emporte dans une relation passionnelle tout à fait inattendue...

Dans un premier temps, Kéchiche montre le gouffre qui existe entre la famille d'Adèle, très conformiste, et les parents d'Emma, plus "bobos". Comment ces parents vont-ils réagir face à l’amour lesbien de leurs filles respectives ? La bande dessinée de Maroh n’éludait pas cette question, cruciale sur le plan dramatique. Curieusement, Kéchiche l’évacue. Il a tourné ces scènes, mais les a éliminées au montage final. De peur de perdre l’essence de son film, et de s’égarer dans un "film communautaire" selon ses propres termes, de tomber dans une thématique strictement homosexuelle alors qu’il voulait filmer avant tout une histoire d’amour à laquelle tout le monde pourrait s’identifier…

Vœu pieux? Ce qui est assez piquant, ce sont justement les réactions de la communauté homosexuelle sur les longues scènes de sexe contenues dans le film. Plusieurs spectatrices lesbiennes ont vu dans ces scènes la projection des fantasmes d'un cinéaste hétérosexuel sur ce qu'il imagine être deux jeunes filles qui font l'amour... Cela dit, réduire "La vie d'Adèle" à ces longues scènes explicites de caresses et d’orgasmes serait injuste. Car le film ne verse pas dans la provocation gratuite, il cherche à montrer l'évolution d'une relation amoureuse, dans tous ses états, quitte à être taxé de voyeurisme.

Et comme toujours chez Kéchiche, le style est ultraréaliste ; le cinéaste fait complètement oublier que ses actrices Adèle Exarchopoulos et sa partenaire Léa Seydoux jouent la comédie... Parfois c'est fort et émouvant, parfois c'est répétitif et banal, comme la vie de tous les jours, en sorte. On a néanmoins le sentiment que le cinéaste est lui-même tombé amoureux de tout ce qu’il film, devenant incapable de supprimer des longueurs. Résultat : "La vie d'Adèle" dure trois heures pour nous raconter une histoire en définitive assez ordinaire...

Aujourd'hui, l'ensemble de la critique française crie au génie, mais il n’est pas interdit de préférer certains films précédents de Kéchiche. "L'esquive" et "La graine et le mulet" apparaissent plus riches et plus denses que cette "Vie d'Adèle" qui a tapé dans l'oeil du président du jury de Cannes, Steven Spielberg, si étonné de découvrir un genre de cinéma très éloigné du sien.

Les enfants de minuit (Midnight’s children)

Tout le monde se souvient du point de départ de "La vie est un long fleuve tranquille": à la maternité, une infirmière échange deux bébés, celui issu d’une famille riche aboutit dans une famille pauvre, et vice versa… Le roman de Salman Rushdie (couronné par le Booker Prize en 1982) développe le même argument, mais avec une portée socio-politique. Dans son récit, deux bébés sont échangés de la même manière, mais ils sont tous les deux nés le 15 août 1947, soit la nuit de l’indépendance de l’Inde. En suivant en parallèle le destin des deux garçons, l’un dans une famille aisée, l’autre musicien de rue, l’auteur des "Versets sataniques" traçait une fresque plus vaste, sur l’histoire contemporaine de l’Inde, ses paradoxes et ses contradictions.

La cinéaste indienne Deepa Mehta, avec la collaboration de Rushdie lui-même, tente de porter ce roman foisonnant à l’écran. Si le début du film est enthousiasmant, avec un mélange réussi de réalisme et de fantaisie, son développement déçoit : "Les enfants de minuit", brassant trop de thèmes, est obligé de les survoler, et verse dans un symbolisme trop appuyé… Le film est un nouvel exemple de l’adage hélas trop vrai : "Les grands romans font rarement des grands films".

La confrérie des larmes

Gabriel, flic déchu ravagé par la mort accidentelle de sa femme, est une épave criblée de dettes. Pour tenter de se remettre à flot, il accepte un travail occulte: livrer des mystérieuses mallettes à travers le monde. Le job est très bien payé, à une seule condition: il ne peut en aucun cas connaître le contenu des mallettes…

C’est bien connu, le ridicule ne tue pas. Mais au cinéma, il peut malgré tout faire mal : tout est d’une prétention grotesque dans "La confrérie des larmes". Un mystère de boule de gomme, une collection des clichés dramatiques les plus éculés, des rebondissements tirés par les cheveux. Et notre compatriote Jérémie Renier, capable du meilleur comme du pire, livre ici une de ses pires prestations dans le rôle de Gabriel… Ouille !

Hugues Dayez

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