La surveillance est-elle le prix de notre sécurité ?

Traumatisée par les attentats de Paris, la France s’apprête à ouvrir la porte à une possible surveillance massive des communications internet. L’attaque informatique contre TV5 Monde a été l’occasion pour le gouvernement français de plaider en faveur d’une nouvelle loi sur le renseignement dont l’examen commence ce lundi à l’Assemblée nationale.

Sommes-nous prêts à nous soumettre à une certaine surveillance au nom de la lutte contre le terrorisme et la cybercriminalité ? Traumatisée par les attentats de Paris, la France s’apprête à ouvrir la porte à une surveillance massive des communications internet. L’attaque informatique qui a visé TV5 a été l’occasion pour le gouvernement français de plaider pour l’adoption d’une nouvelle loi sur le renseignement.

Peu importe si les réseaux informatiques de TV5 étaient ou non très bien protégés. Peu importe si les médias, comme d’autres entreprises, n'avaient pas tous une culture de la sécurité très poussée. Pas moins de trois ministres se sont rendus au siège de TV5 Monde. Dénonçant une véritable "attaque terroriste", une "guerre" d’un nouveau genre, ils ont confirmé que de gros moyens supplémentaires seraient dégagés pour les services de renseignement. On prévoit 1.100 recrutements au total. La France devrait également se doter d’une nouvelle loi encadrant l’activité des services de renseignement.

Les hébergeurs internet menacent de quitter la France

Le projet est controversé. Des associations ont appelé à manifester ce midi devant l'Assemblée nationale qui examinera le texte en première lecture ce lundi. La future loi soulève de telles craintes que des associations ont appelé à manifester ce midi. Quant aux principaux hébergeurs de données français, ils ont ni plus ni moins menacé de quitter l’hexagone.

Le projet de loi précise les motifs qui peuvent justifier l’emploi de certaines méthodes de surveillance, comme la mise sur écoute de quelqu’un. Mais certains de ces motifs sont jugés trop vagues. On pourrait, par exemple, invoquer la "défense des intérêts de la nation". Certains se demandent si cela pourrait justifier la mise sous surveillance d’une association opposée au gouvernement.

Des "boîtes noires" pour traquer les comportements suspects

Mais le point le plus sensible, c’est la possibilité d'installer des "boîtes noires" sur les infrastructures du réseau internet. Ces dispositifs collecteront certaines données des utilisateurs. Pour le dire simplement: ces boîtes n’enregistreront pas ce que se disent les internautes mais uniquement des métadonnées, soit des informations qui décrivent les messages qui circulent. Ces métadonnées seront automatiquement analysées pour détecter les comportements suspects. Quand le système repère un comportement suspect, les autorités peuvent demander à une commission de contrôle la levée l'anonymat afin d'identifier l'auteur des messages.

D’autres appareils permettront de capter les métadonnées des GSM dans une zone déterminée. Mais si on installe ça dans les gares et autres lieux très fréquentés, cela fera vite des millions d’appels visés. Le gouvernement français assure que la mise en pratique de chaque opération de surveillance devra être validée par la Commission de contrôle et qu'il n’est pas question d’instaurer une surveillance de masse.

Néanmoins, la démarche d'enquête est inversée. On n'est plus dans une surveillance ciblée mais dans une surveillance très large pour identifier des cibles. Cela ouvre un vrai de société : sommes-nous prêts à nous soumettre à une certaine surveillance au nom de la lutte contre le terrorisme et la cybercriminalité ?

Robin Cornet

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