La solitude d'Alexander de Croo

La solitude d'Alexander de Croo
La solitude d'Alexander de Croo - © Tous droits réservés

C’est une première depuis le début de la crise. Hier le Premier ministre Alexander de Croo est monté au front, seul. Seul pour demander aux Belges de prolonger encore leurs efforts quelques semaines de plus à grand renfort de modèles mathématiques. Analyse d’un coup de poker politique.

Mise en scène

Jusqu’ici Alexander de Croo apparaissait flanqué de ses ministres, des ministres présidents des entités fédérées, ou au minimum avec Frank Vandenbroucke à qui il a indéfectiblement été fidèle en public. Ici il organise sa solitude. Etre seul c’est le privilège du Premier ministre. Seul politique dans la salle de presse du 16 rue de la loi, seul leader derrière cette grande table. Politiquement seul, mais pas physiquement. Il avait à ses côtés deux experts porte-parole de la lutte contre le coronavirus en Belgique.

Cette solitude organisée est une affirmation de leadership politique. C’est un bras de fer même puisqu’Alexander de Croo a largement mis le kern, ses vices premiers ministres, devant le fait accompli, ne leur laissant guère le choix.

Il s’agissait de reprendre la main médiatiquement et politiquement. Car il faut bien le dire, depuis quelques jours il est totalement débordé par les interventions des membres de sa propre majorité demandant des assouplissements. Tout le monde ou presque y est allé de sa petite proposition, Georges Louis Bouchez pour le MR, Jean Marc Nollet pour Ecolo, mais aussi la présidente de Groen, le président du CD&V et même, pour la première fois, le président de son propre parti l’Open VLD. Dans l’opposition, première également depuis longtemps, la N-VA exige désormais aussi ses perspectives, via Bart de Wever qui annonce un "Bloodbad" si l’horeca ne reprend pas à Pâques.

Bref, c’est une déferlante généralisée, à l’exception, cette fois, des socialistes qui semble faire plus ou moins faire bloc. Mais Paul Magnette a lui aussi demandé des assouplissements il y a peu. Bref, le Duo Vandenbroucke-De Croo se retrouvait submergé. Ils ont donc organisé la contre-attaque, avec Alexander de Croo et des modèles mathématiques.

C’est mathématique

A côté de la solitude du Premier, il y a une autre première, le fait de montrer des modèles mathématiques. Ces modèles existent depuis le début, mais comme aide à la décision plus que comme justification dans la communication. Ils sont là pour politiquement renforcer la position du Premier ministre, mais aussi pour tenter de freiner un peu la perte d’adhésion aux mesures dans la population.

Car ces modèles mathématiques ne montrent rien de très certain. Ce qu’on voit c’est que plus on assouplit tôt, plus on risque une troisième vague, mais ce risque n’est jamais de 100% puisque cela dépend d’une donnée actuellement indisponible: la contagiosité des variants.

Les modèles démontrent donc que nous sommes dans une grande incertitude durant encore un mois, il démontre aussi qu’avec l’avancée de la vaccination le retour à une vie plus "normale" sera possible entre avril et mai.

L’idée est donc de faire passer une mauvaise nouvelle (le risque important de troisième vague), pour une bonne nouvelle (la sortie est à portée de main).

Un test pour vendredi

Le comité de concertation de vendredi s’annonce décisif pour la gestion future de la crise. Tout l’enjeu, sera de voir comment ce coup d’Alexander de Croo va peser sur la décision. Au minimum, il devrait freiner les ardeurs, car on imagine mal des assouplissements rapides après une sortie pareille du Premier ministre.

Au fond, la sortie d’Alexander de Croo pose deux questions qui vont trouver réponse ce vendredi :

1. Veut-on dans ce pays fonder la décision sur l’analyse la plus rationnelle possible de la situation ou laisser la gestion de crise au gré des rapports de force ?

2. Les autorités fédérales et régionales, peuvent-elles retrouver un minimum de cohésion, de vision commune pour les prochains mois qui s’annoncent ?

Résumons : dans l’immense complexité du moment, dans l’insondable complexité de la Belgique, le politique est-il capable de décisions rationnelles et partagées. Deux conditions nécessaires, mais pas suffisantes, pour retrouver un minimum d’adhésion dans la population.


 

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