BD: "La sémantique c'est élastique", connaître sa langue, l'aimer, la défendre

La sémantique c'est élastique
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La sémantique c'est élastique - © Delcourt

Semaine de rentrée universitaire… Voici un album qui pourrait s’adresser à tous les étudiants en langues romanes, à tous les étudiants en journalisme, à tous les amoureux de la langue française !

La sémantique, c’est cette science du langage qui se consacre à l’étude de la signification des mots. Mais n’ayez pas peur, dès le titre, on se rend compte qu’il s’agit d’abord et avant tout d’un album souriant ! Souriant, mais qui nous rappelle qu’une culture qui ne défend pas sa langue se condamne à perdre son identité, donc son patrimoine intemporel.

Ce livre, tout simplement, en quelques saynètes, nous parle de notre langue, le français. De ses étrangetés, de son histoire, de ses changements au fil des siècles et de l’usage. Avec, d’abord et avant tout, humour… Mais l’humour n’empêche pas le propos d’être extrêmement intéressant ! Et intelligent.

James, l’auteur, nous parle par exemple longuement du féminin des mots… Savez-vous que ce n’est qu’au 18e siècle que le masculin s’est imposé dans la langue française comme prépondérant sur le féminin ? Avant cela, si le dernier mot d’une énumération était féminin, l’adjectif qui suivait était féminin, lui aussi… C’était la proximité qui prévalait sur la masculinité ! Savez-vous que la féminisation des noms de métiers, dont on parle beaucoup ces dernières années et qui heurte certains pseudo-puristes, ce n’est qu’une façon de revenir à ce qu’était le langage du passé. Ainsi, le mot "escrivaine" existait déjà au 14e siècle !

James adore aussi se pencher sur des absurdités du langage. Un géographe étudie la géographie, un biographe écrit des biographies… Etymologiquement, le mot "orthographe" devrait donc définir la personne qui étudie "l’orthographie". Le mot "personne" évoque à la fois l’idée d’une présence ou d’une absence humaine. Et il y a des tas d’autres mots qui, dans ce livre, se laissent découvrir de façon parfois très surprenante, comme le mot "antisémitisme". Ou comme quelques mots propres au langage journalistique, aussi, lorsqu’il s’agit de parler de terroristes ou de résistants, de tueries ou de neutralisations. Mais c’est fait avec un humour réjouissant, et même parfois totalement incorrect !

On a affaire à une vingtaine de chroniques, au trait vif, rapide, non réaliste… Les visages sont à peine esquissés, et pourtant extrêmement expressifs, et tout est construit sous forme de dialogues. James joue avec son personnage central, à l‘aspect docte, savant, mais qui adore les jeux de mots et les calembours. Et, ce faisant, il emmène les lecteurs dans le monde vivant des mots, dans le monde de notre langue, le français, qui se doit, lui aussi, de garder existence. La sémantique, c’est élastique, et jouer avec les mots, c’est déjà les aimer ! Et les aimer, c’est être capable de communiquer, de partager. Donc de vivre !


La Sémantique c’est élastique (auteur : James – éditeur : Delcourt/Pataquès)

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