La sélection poursuit son train-train…

La sélection poursuit son train-train…
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L’image des trains bondés vers la côte suscite le débat et les réactions politiques. Le ministre de la mobilité Georges Gilkinet est sous pression. A qui la faute ? Dans ces cas-là, on cherche un responsable et vite, comme des Moloch avides de sacrifices. A cette question à qui la faute ? Nous ne supporterons pas la réponse : personne. Ou sa variante : un peu tout le monde. Et pourtant, les Molochs assoiffés coupables que nous sommes vont devoir une nouvelle fois déchanter. Car la réponse à la question n’est pas simple.

Les voyageurs ?

Les moins responsables de tous, ce qui ne veut pas dire pas du tout responsables, ce sont les voyageurs. Armés souvent du railpass gratuit offert par les autorités, ils et elles ont pris des trains affrétés par la SNCB, dans les conditions organisées par la SNCB, sous le contrôle de la police des chemins de fer, un jour de fermeture des écoles. Pas vraiment responsables donc, et pourtant c’est bien à eux que le ministre pense quand il estime qu’il n’est pas sage de se rendre à la mer.

Le ministre ?

Georges Gilkinet, le ministre Ecolo de la mobilité, tient à la liberté de circuler. Ecolo était l’un des partis qui a freiné à l’idée des limitations de déplacements. Ceci à un prix, c’est que les gens se déplacent, et parfois en masse. Ils font l’exercice de leurs libertés individuelles, c’était prévisible. Mais ça n’a pas été prévu.

Avec le ministre, ce sont les différents gouvernements du pays qu’il faudrait pointer. Car ceci est une conséquence d’un ensemble de mesures. L’interdiction de voyager à l’étranger, toutes les autres restrictions poussent aux voyages intérieurs. Vu la densité de population de la Belgique le problème de la sélection va se poser de plus en plus souvent.


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Même si on n’ose pas utiliser le mot sélection. Les bourgmestres de la côte et le gouverneur de Flandre occidentale font pression pour une sélection quand ils exigent qu’il n’y ait pas plus de trains affrétés vers la côte. Sélection, quand ils font pression pour que durant les vacances seules les places près des fenêtres soient utilisées. Sélection, car les appartements ont fait le plein, ces Belges-là auront droit à leurs vacances. C’est donc sur les Belges qui ont choisi les transports en commun que s’opère la pression. Parce que là, la sélection est plus facile à faire, on les a triés sur les quais de la gare. Peut-être aussi parce que ce sont des Belges moins fortunés, qui rapportent moins aux communes. Cette sélection est donc aussi une sélection sociale. D’ailleurs, il y a beaucoup d’arrogance chez ceux qui conspuent cette populace attirée par la mer souvent du haut de leurs 4 façades ou de leur voiture individuelle. Il y a de l’arrogance chez ces Moloch avides de pointer ceux qui par choix ou par nécessité utilisent les transports en commun ou les parcs publics pour s’évader un jour.

La SNCB ?

Sélectionner les voyageurs, c’est pourtant ce qui se dessine pour les vacances de Pâques, avec une pression importante sur la SNCB. La SNCB qui se retrouve à gérer la difficile et très politique question de la sélection. Premier arrivé, premier servi ? Très bien mais les voyageurs s’entassent dans la gare, dans les files, ce qui d’un point de vue sanitaire est une aberration.

La sélection par le siège fenêtre ? Ce sera très compliqué à gérer. Du coup, certains parlent de sélection par la réservation, on retrouve notamment nos bourgmestres de la côte. On réserve déjà bien dans les commerces, disent-ils. Réserver son voyage vers la mer, la SNCB pourrait l’organiser même si elle n’en a pas l’envie. Comme pour le TGV ou le Thalys.

Ce serait en tous les cas une restriction à la liberté de circulation qui ne dirait pas son nom. Du coup il faudrait poser la question : pourquoi limiter la liberté de circulation des utilisateurs de transports en commun et pas celles des autres ? Pour des raisons sanitaires évidentes, il est plus risqué de voyager en transports en commun que dans sa bulle automobile. Mais se pose alors un problème de justice que le politique doit affronter. Un problème de justice qui dépasse largement la SNCB.

Pourquoi ne pas contraindre aussi l’automobiliste : plaques paires un jour, plaques impaires un autre ? Fermer des sorties d’autoroutes comme on l’a fait dans les fagnes cet hiver ? Ou interdire le stationnement dans certaines communes certains jours ? Pour beaucoup d’automobilistes cette sélection serait vécue comme une punition. C’est fort compréhensible, mais la question c’est pourquoi les usagers des transports en commun devraient-ils être les seuls à être punis, sélectionnés, les seuls à voir considérablement restreinte leur liberté de circuler ? Depuis le début de la pandémie nous sommes inégaux face aux restrictions, ceux qui peuvent télétravailler, ceux qui ne le peuvent pas, ceux qui ont un jardin, ceux qui n’en n’ont pas, ceux qui ont des enfants, ceux qui n’en n’ont pas, ceux qui ont une voiture, ceux qui n’en n’ont pas, ceux qui perdent de l’argent, ceux qui n’en perdent pas, ceux qui en gagnent. Se focaliser sur les "communs" transports ou parcs publics et forcer à la sélection ce sera peut-être indispensable si les trains ou les parcs sont bondés, mais c’est aussi ajouter encore un peu plus d’injustices aux injustices.

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