La rue de la Loi a peur

La rue de la Loi a peur
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Cette crise laisse les citoyens sans repère. On n'a jamais été aussi loin dans la confusion. Il y a de quoi devenir dingue. Vous pensiez avoir compris que nous avions un nouveau gouvernement? C’est qu'on vous a mal expliqué. Kris Peeters, le vice-Premier CD&V a été très clair, "non ce n’est pas un nouveau gouvernement".

Ah bon? Le Premier ministre avait pourtant pointé trois priorités nouvelles. Pouvoir d’achat, sécurité et climat. Oui mais non. Kris Peeters le dit "on reste dans l’accord de gouvernement de la suédoise". C’est simplement, rajoute Wouter Beke, le président du CD&V, "une suédoise où les ministres N-VA ont démissionné".

Si c’est simplement ça, alors c’est vrai pourquoi en faire tout un foin? Le plus grand parti du pays qui n’est plus là, un gouvernement qui n'a plus de majorité, c’est un détail.

N-VA et le coup d'État

Tenez la N-VA. Croyez-vous qu’elle est contre les institutions belges? Oui, vous pouvez bien le croire, sauf qu’aujourd’hui, il faut bien reconnaître qu’elle tient les positions les plus cohérentes (enfin presque). Oui, il faut une déclaration de gouvernement. Oui, il faut un vote de confiance. Sinon, c'est un coup d'État dit Bart De Wever. S'il n’y a pas de confiance et pas de nouvelle majorité, il faudra en revenir au Roi (ça la N-VA ne le dit pas). C'est le Roi qui peut (l'article 46 de la Constitution ne l'oblige pas) décider d'en revenir aux urnes. C’est la logique élémentaire du système. Et pour éviter cette mécanique, la N-VA monnaye son vote et demande d'être associée aux décisions. Oui d’accord mais pourquoi avoir quitté si on veut être associé aux décisions? Bref, on croit rêver.

La peur de l'électeur

Mais il n'y aura sans doute pas de retour aux urnes. Pour la simple raison que les principaux partis ont peur. Pas la peur classique de perdre les élections, que les citoyens décident de ne plus voter pour eux mais pour leurs adversaires.

Non la peur est plus profonde. C’est la peur de ne même plus pouvoir expliquer l'inexplicable, de ne plus pouvoir se faire comprendre. Peut-être qu’Ecolo, le PTB et le Vlaams Belang pourraient estimer sortir gagnants de cette mêlée. Mais s'ils déclenchent la mécanique qui peut conduire à un retour aux urnes, ils risquent d’être accusés d’avoir plongé le pays encore un peu plus dans le marasme. 

La conclusion est évidente. La Belgique politique a peur. La rue de la Loi a peur. Le fait qu’aucun parti n’ose aujourd’hui revenir à la base de la démocratie en dit long. La Constitution est pourtant claire. En cas de motion de méfiance ou de rejet de la confiance, "Le Roi a le droit de dissoudre la Chambre". C'est lui qui, en cas de crise, peut rappeler les citoyens aux urnes quand la majorité a failli. C'est donc à lui qu'il faut remettre les clefs.

Sidération totale

J’avais envie de conclure en disant que la situation est sidérante. Mais c'était une conclusion bateau, il faut bien l'avouer. Alors j’ai été regarder dans le dictionnaire ce que veut dire le mot sidération. Ce n’est pas juste être étonné ou bouche bée. Non selon le Larousse, au sens médical, la sidération c'est la “crise soudaine des forces vitales caractérisée par un arrêt respiratoire et un état de mort apparente.”

Ce n’est pas nous, les journalistes ou les citoyens, qui sommes en état de sidération. Les forces vitales de la société sont toujours en état de fonctionner. Non, c’est le gouvernement qui est en arrêt respiratoire. Si l’opposition n’ose pas aller vers la dissolution de la Chambre, c'est qu'elle a peur elle aussi. Si elle n'ose pas enclencher la mécanique qui pourrait (devrait) conduire aux urnes, c’est qu’elle est aussi en état de mort apparente. Oui, la rue de la Loi a peur. C'est elle qui est sidérée.

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