La politique (enfin) déconfinée

La politique se déconfine. Enfin. Nous aurions pu refaire le match du comité de concertation de vendredi, mais de match, il n’y en eut pas vraiment. Avant le début de la réunion, il n’y avait que 4 petits malheureux crochets, les fameux brackets, ces éléments encore à négocier, dont l’harmonisation des horaires intérieur/extérieur de l’horeca. Dans la version du texte telle que présentée en début de codeco, cette harmonisation ne devait intervenir que le 1er juillet. Mais Jan Jambon et Pierre-Yves Jeholet ont plaidé pour un horaire unique. Frank Vandenbroucke n’a pas spécialement résisté.

Pour vous dire, c’était tellement tranquille ce codeco, que dans les documents préparatifs, la 10e astuce présentée pour profiter de l’été en sécurité, c’était, je cite : "N’oubliez pas d'en profiter, vous l’avez bien mérité." Coupé au montage et remplacé, finalement, par un barbant "lavez-vous les mains". Ce codeco des voyages n’a pas été spectaculaire et c’est, en fait, tant mieux : on est enfin en train de revenir à des débats politiques, sans situation épidémiologique à scruter, des débats, c’est vrai, pas toujours bien menés. Ce n’était pas bien terrible la semaine dernière sur la neutralité, on espère que cela sera meilleur, cette semaine et les suivantes, sur le socio-économique.

Plan de relance avant le 21 juillet ?

Le fédéral entre dans une nouvelle séquence, séquence qui doit se clôturer d’ici la fête nationale. Ce timing, c’est le président du PS, Paul Magnette, qui l’a mis sur la table ce week-end, en interview au journal L’Echo. D’ici le 21 juillet, dit-il, "il faut un plan de relance économique, social, et environnemental". Ce plan de relance, si vous êtes fidèle de cette chronique, on l’avait déjà abordé il y a trois semaines, un plan de relance où chacun des sept partis au pouvoir va mettre ses priorités sur la table. On risque d’assister à un nouvel affrontement droite-gauche, avec d’un côté de nouvelles mesures de flexibilité en termes d’emploi, des soutiens financiers à l’embauche, de l’autre, un renforcement de la protection sociale.

Et au milieu du jeu de quilles, l’AIP, le fameux accord interprofessionnel, toujours actuellement entre les mains des interlocuteurs sociaux, l’AIP qui pourrait revenir au gouvernement sans accord. Avec, à la clé, des mesures concernant les fins de carrière, les heures supplémentaires, l’harmonisation de certaines pensions et le fameux dossier du salaire minimum, dont le PS ne démord pas. Absent de l’accord de gouvernement, si ce n’est dans le chapitre européen, ce salaire minimum est un vrai petit stress test pour le gouvernement Vivaldi. Car dans le même temps, il faudra des réformes structurelles, pour accompagner, et le rebond de l’économie, et le retour à des dépenses publiques moins élevées : une toute récente estimation de la Banque nationale de Belgique place les dépenses publiques à 59% l’an dernier, record absolu, un chiffre insupportable pour n’importe quel libéral, bien entendu, qui vous dira que "tout ne peut pas se résoudre avec simplement plus d’argent".

Jusqu’où peut aller ce plan de relance ? A première vue, il pourrait surtout gâcher les vacances de pas mal de monde rue de la Loi.

10 milliards tombés du ciel (à terme) ?

Un autre dossier socio-économique important va pas mal faire parler dans les semaines et les mois à venir, c’est la taxe minimale au niveau mondial, sur les très grandes entreprises. Cette taxe, elle est évoquée dans l’accord de gouvernement De Croo : la Belgique la soutient, désormais, dans le cadre de discussion au sein de l’OCDE. Le président américain Joe Biden a accéléré le tempo, le G20 doit valider l’accord du G7, mais on se dirige bel et bien vers rien de moins qu’une révolution fiscale, un big-bang financier, mais si la route sera longue d’ici l’application : plusieurs années au moins.

Mais, imaginez que les 100 plus grandes multinationales, dont les GAFAM, devraient payer un impôt minimal de 15%, par pays, il y a quelque temps, cette idée était assez improbable. Et encore plus en Belgique parce que ce type de taxe a déjà existé. C’était du temps du gouvernement Di Rupo, en 2013, lors d’un conclave budgétaire était née l’idée de la "fairness tax". Fairness, équité en anglais, exactement ce que défend le G7 aujourd’hui. A l’époque, cette fairness tax avait été arrachée par le PS aux libéraux en échange d’une exonération de précompte professionnel pour les employeurs. C’était une taxe de 5,15% sur les dividendes, avec un mode de calcul et un champ d’application assez alambiqués, au point où la Cour constitutionnelle a finalement partiellement retoqué le texte en 2018.

Cette taxe a tout de même pu faire rentrer dans les caisses de l’Etat 519 millions entre 2014 et 2017*. Combien rapporterait la nouvelle taxe imaginée par le G7 ? Selon les calculs de l’économiste français Gabriel Zucman, la Belgique récupérerait 10 milliards d’euros. Par an. Un chiffre à prendre au conditionnel, mais ça vous donne l’ordre de grandeur potentiel. 10 milliards par an, c’est, plus de protection de social, moins de fiscalités à charge des entreprises et du travail, plus d’investissements verts. Bref, c’est un plan de relance par an. De quoi apaiser bien des débats socio-économiques…

 

*Le détail de ce chiffre : pour 2014, c’est 165 millions, la source est ici, pour 2015 et 2016, c’est respectivement 215 et 75 millions, la source est ici, et pour 2017, c’est 64 millions, la source est ici.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK