La politique du dos tourné…

C’est l’image du Week-end, une partie du personnel soignant de l’Hôpital Saint Pierre a tourné le dos à Sophie Wilmès, la première ministre, qui effectuait une visite de terrain. Un symbole de la méfiance qui règne envers son gouvernement chez une (grosse) partie du personnel soignant.

Cette politique du dos tourné est un geste à la valeur symbolique très puissante. Il est d’abord médiatiquement très marquant. Mais c’est surtout la première manifestation de l’animosité qu’une partie importante du personnel du secteur de la santé, en particulier les infirmiers et les infirmières, nourrit envers le gouvernement fédéral.

Bien sûr ce mécontentement s’est exprimé plusieurs fois déjà. Il y a eu de nombreuses prises de paroles de délégués syndicaux, des interviews, des témoignages de colères sur plusieurs sujets, en particulier le manque de préparation, la pénurie de matériel, le manque de moyens.

Mais c’est le premier geste organisé de contestation. Nous voilà revenus avant la crise, au moment où le personnel soignant manifestait quasiment chaque semaine, ce qui avait d’ailleurs poussé le parlement à adopter le fonds blouse blanche.

Nouvelle dimension

Avec la crise du Coronavirus, la contestation prend une autre dimension. Le rapport de force est évidemment devenu beaucoup plus favorable pour tous les travailleurs de la santé. Après avoir été applaudi durant des semaines pour avoir courageusement affronté l’épidémie, plus aucun responsable politique ne peut risquer de se mettre à dos les travailleurs de la santé. Les dos tournés de Saint Pierre sont potentiellement dévastateurs pour l’image du gouvernement fédéral, de Sophie Wilmès et son parti le MR.

La première ministre l’a bien compris d’ailleurs puisqu’elle a changé le programme de sa visite et a rencontré des représentants du personnel en colère. Elle a livré un message d’apaisement disant avoir compris la détresse du personnel infirmier.

Plus personne ne prend le risque de se mettre les travailleurs de la santé à dos. Sauf quand même la ministre MR Marie Christine Marghem.

Kamikaze

Sur Facebook. Elle parle d’action ridicule menée par des enfants qui n’ont pas eu ce qu’ils voulaient. Elle parle d’une opposition syndicale politisée. Une charge très virulente et kamikaze. Elle ne figure d’ailleurs plus sur son profil Facebook. Georges Louis Bouchez, président du MR s’est fendu d’un message sur Twitter pour tenter de corriger le tir.

Le personnel soignant doit être respecté, sa colère aussi. Profond respect pour le travail effectué. Il ne sera pas oublié au lendemain de la crise

Le cas De Block

L’affaire montre à quel point le MR est dans une situation délicate. Il doit assumer sa politique de restriction budgétaire du passé. Il doit surtout assumer la politique actuelle de Maggie De Block qui a réussi à braquer tout le secteur des soins de santé avec un arrêté prévoyant des possibles réquisitions du personnel. Une "déclaration de guerre" pour le syndicat chrétien.

Maggie De Block est devenue un handicap majeur pour les libéraux francophones. Elle semble d’ailleurs l’avoir compris elle à dit ce week-end dans une interview à Het Laaste Nieuws qu’elle ne s’attendait pas à ce qu’on lui demande encore d’être ministre.

Une déclaration qui sonne presque comme un aveu de démission. De toute façon si quelqu’un au VLD lui demandait d’être ministre aucun parti francophone, libéraux compris, n’accepterait encore de gouverner avec elle.

En un week-end des blouses blanches ont tourné le dos à Sophie Wilmès et Maggie De Block a tourné le dos à la politique.

Ceci nous confirme deux choses. Les travailleurs des soins de santés sont devenus politiquement incontournables. Maggie de Block est devenue politiquement infréquentable.