La N-VA : un veto sur l'avenir

Bertrand Henne
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La N-VA refuse l'accord intervenu autour du pacte énergétique. Par la même occasion, elle envoie un bras d'honneur au 16 rue de la Loi. Le pacte énergétique devient désormais un dossier brûlant pour le gouvernement de Charles Michel. Le feu couvait, il a donc pris hier. Et il menace d’embraser la fin de la législature de la Suédoise.

La N-VA défenseur du nucléaire

Je vous disais hier qu’on était sur le point de réaliser quelque chose de rare dans ce pays, se fixer une ambition commune, avec le pacte, avec les trois Régions, quatre ministres et une large adhésion de la société civile organisée. Et bien non. C’était sans compter sur la N-VA. Certains diront que c’est justement parce qu’ils ne souhaitent pas, comme pour le stade national, que ce pays réussisse à relever des grands défis. Ce serait chercher trop loin, la réalité est plus simple. La N-VA défend l’option nucléaire, comme d’ailleurs une bonne partie du monde patronal et plusieurs experts de renom en matière d’énergie. Une sortie en 2025 coûterait cher et mettrait en péril la sécurité d’approvisionnement. Un troisième argument est souvent cité, mais pas en premier, c’est que le remplacement des centrales nucléaires par des centrales au gaz va augmenter la production de CO2, en tout cas durant la période de transition vers le tout renouvelable. C’est ce qui a poussé d’ailleurs Nicolas Hulot à repousser la sortie du nucléaire français.

Sauf que chez nous, cela fait 15 ans qu’on ne fait pas ce qu’on dit..

Un veto qui fait mal au gouvernement fédéral

La N-VA met donc son veto au gouvernement flamand et au fédéral et là, elle met Charles Michel et le MR en grande difficulté. Le Premier ministre avait pourtant rappelé à la N-VA l’accord de gouvernement où il est clairement question de la sortie du nucléaire en 2025. C'est écrit en toutes lettres : "La durée d’exploitation des réacteurs ne dépassera pas 2025". La N-VA s’assied donc littéralement sur l’accord de gouvernement, avec un bras d’honneur en plus.

Mais, dans l’accord il y a aussi cette phrase: "Étant donné la faiblesse actuelle de notre capacité de production et la volonté du gouvernement d’exercer une pression à la baisse sur le prix de l’énergie et de l’émission de CO2, le gouvernement réexaminera, notamment dans le cadre de l’élaboration de la vision énergétique et du pacte énergétique, de manière objective et transparente toutes les options pour garantir la sécurité d’approvisionnement à court et moyen terme." Toutes les options. Y compris donc la prolongation de certaines centrales.

Avec cette phrase-là, la N-VA peut tenir tête à ses partenaires. Charles Michel le sait, il est complètement écartelé. Dans Le Soir ce matin, il tente d’éteindre l’incendie. D’abord, il boute le feu chez les voisins, il juge que c’est aux Régions de démontrer qu’on est capables de sortir du nucléaire en 2025. Mais le feu est là, il tente donc de contourner le veto de la N-VA avec cette phrase jésuitique: "mon intuition est que si tout le monde est mobilisé totalement, on peut encore tenir 2025, peut-être". Mon intuition est que Charles Michel n'arrive plus à cacher qu'il a une crise majeure de gouvernance dans ce pays. Peut-être.

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