La jeunesse éternelle de Paul McCartney et les différentes générations du funk

"New", 16ème album de Paul Mac Cartney
"New", 16ème album de Paul Mac Cartney - © © Dan Flavin

"C'est dans les vieilles marmites qu'on fait les meilleures soupes" en concurrence avec "Place aux jeunes". Et si les deux n'étaient pas incompatibles? Cette semaine, on vous propose un intéressant chassé-croisé entre les cougars de génie et les rookies qui ont déjà trop vécu.

Paul est décidément LE prénom à la mode en ce moment...

Mais ici, c'est d'un demi-Dieu vivant dont il va être question. A 71 ans, c'est un seizième album studio depuis la séparation des Beatles en 1970 que nous livre Sir McCartney. Enregistré à Abbey Road, mais également à New York et Los Angeles, celui-ci intervient six ans après Memory Almost Full et est surtout à l'opposé de cette compilation de chansons d'avant-guerre (Kisses on the bottom) sortie l'an dernier où l'on pouvait s'inquiéter du côté gateux nostalgique de l'artiste.

Ici, que du contraire. On dirait le Fab One requinqué avec de nouvelles piles, boosté par une énergie primale et prompt à nous proposer ce qu'il sait faire de mieux : de belles mélodies et de grandes chansons. Car, avouons-le tout aussi vite, hormis quelques fulgurances, sa période Wings n'a pas forcément éveillé en nous des élans frénétiques d'enthousiasme.

Or, dès les premiers accords du nouvel opus, le vent a tourné. Save us et Alligator ont une énergie rock intacte que pourraient lui envier bon nombre de groupes actuels. Ce qu'on aime également dans cet album, c'est la référence même pas camouflée dix secondes aux... Beatles. Queenie Eye et New pourraient être des plages cachées retrouvées dans de vieux tiroirs comme en son temps Free as a bird.

Le jeune homme puise donc dans cette période bénie où il composait avec Lennon et adapte les idées d'antan à la technologie actuelle comme sur Appreciate. Pour obtenir ce son neuf et moderne, il a surtout eu l'intelligence de s'entourer d'une dream team de producteurs. A commencer par Giles Martin, fils d'un certain George Martin souvent appelé "le cinquième Beatles", qui a arrangé la moitié des douze plages.

Trois autres producteurs se répartissent l'autre moitié des morceaux, et non des moindres : Mark Ronson à qui l'on doit Back to Black d'Amy Winehouse et qui a aussi bossé avec Boy George ou Lily Allen, Paul Epworth qui a travaillé sur 19 et 21 d'Adele ou avec Florence and the Machine et Ethan Jones à qui l'on doit le son de certains Kings of leon et Vaccines. Excusez du peu...

Cela donne du coup des petites perles comme ce son retro et feutré du sublime Early days où on reconnaît à peine la voix du chanteur. Mais notre préférence irait presque vers cette superbe déclaration qu'il adresse à sa nouvelle campagne (Nancy Shevell, la source de sa renaissance?, l'anti-Yoko... ?) sur la plage cachée intitulée Scared.

Oui Sir Paul est vieux, certes mais quelle leçon de fraîcheur il adresse avec ce bel album. Il a la voix d'un homme mûr et la curiosité d'un adolescent. Délicieux mélange.

 

Autre légende vivante ayant fait l'actu cette semaine, Prince. Le kid de Minneapolis arrive en effet toujours à faire le buzz, même en... apparaissant pas dans son nouveau clip. Plus tôt dans l'année, il avait en effet livré sur les réseaux sociaux (qu'il reniait jusque-là) deux nouveaux morceaux : Groovy potential et Breakfast can wait.

C'est ce dernier morceau qui a fait l'actu en prenant la forme d'un clip. L'artiste aux 150 millions d'albums a pour ce faire laissé carte blanche à une jeune femme de... 18 ans nommée Danielle Curiel qui se met donc joliment en scène en alternant les tenues ultra-sexy et en se déguisant l'autre moitié du temps en...Prince, moustache ténue comprise.

Et celle-ci n'est pas la seule petite protégée du génie. Il s'entoure en effet depuis quelques temps de trois jeunes femmes composant le groupe 3RDEYEGIRL avec qui il préparerait un album pour début 2014 intitulé Plectrum Electrum. Tout cela étant encore très hypothétique, concentrons-nous sur ce morceau qui est au passage un petit chef-d'oeuvre de funkitude, le seul bémol venant peut-être de cette voix déformée apparaissant après trois minutes et qui fait (très désagréablement) penser à une BO des Chipmunks...

Connu pour sa très haute opinion de lui-même, Prince a toutefois lâché du lest avec ce morceau. Il suffit pour cela de voir la pochette du single où l'on voit l'humoriste Dave Chappelle qui moque ses tenues 80's en arborant un plateau de pancakes (hilarant! On jurerait voir Eddie Murphy dans Un prince à New York!). Ou encore l'annonce de ce concert délirant qu'il va donner chez lui dans son studio personnel de Paisley Park intitulé "The Breakfast Experience Pajama Dance Party" entre 2 heures du matin et le lever du soleil... C'est 50 dollars l'entrée et il faudra donc être vêtu d'un pyjama original. Avis aux amateurs !

 

Après les maîtres, parlons des disciples.

En provenance de Los Angeles, voici un groupe qui pourrait bien vous réchauffer les oreilles lors du prochain et rugueux hiver qui s'annonce. Rejeton du collectif Odd Future dont on vous parlait cet été lors de Rock Werchter, The Internet est un duo on ne peut plus hype et brillant dans la sphère hip-hop/Rnb. Non content de compter en ses rangs des perles comme Frank Ocean, Earl Sweatchirt ou Tyler, The Creator, le crew californien Odd Future compte donc un producteur ultra-créatif en la personne de Matt Martians et une jeune femme à la voix d'or, dj officielle lors des tournées.

Ils avaient déjà lancé une bouteille à la mer voici deux ans avec l'album Purple Naked Ladies et ont encore fait mûrir le projet pour proposer une heure de spleen aphrodisiaque sous la forme de ce Feel Good qui porte extrêmement bien son nom. Mélange de funk et de jazz coulant, ça s'ouvre par un Sunset qui flirte avec du Pharell Williams au féminin.

Suivent ensuite le tube en devenir Dontcha et une collection de petites pépites d'une douceur infinie : You don't even know, Red Balloon et Shadow Dance. A écouter au coin du feu, pyjama en pilou, couverture et chocolat chaud et/ou en bonne compagnie...

 

 

Autre appel à l'amour, EP2, le deuxième EP de notre chouchoute du moment : l'énigmatique FKA Twigs. Cet ovni de 25 ans en provenance du Gloucestershire au milieu de l'Angleterre nous scotche tant les oreilles que les yeux à chaque apparition.

Musicalement, c'est une lounge groovy à souhait mélangée à des sonorités électro ralenties par des années de souffrance retenue. Du trip-hop lumineux. C'est solairement d'une tristesse sublime. Ca vous prend aux tripes parce que la jeune femme (Tahliah Barnett) vous englobe de sa voix chaude et vous retient dans sa toile de laquelle vous ne voulez plus vous débattre.

Visuellement, le deuxième effet kiss cool se produit. C'est chaque fois d'une créativité épatante et d'une beauté attendrissante et charnelle. Allez jeter un oeil aux clips (oeuvres d'art) de Water me ou de How's that et délectez-vous de ce Papi Pacify. En plus c'est produit par un de mecs en vue outre-Atlantique, le vénézuélien Arca qui vient de signer deux titres du dernier Kanye West. Retenez ce nom : FKA Twigs !

 

On boucle la boucle en revenant au rock, mais celui-ci sera toujours teinté de funk avec les français de Aymé qui signent un très agréable EP intitulé Make up. Le single du même nom à la vidéo inventive est très accrocheur tout comme le titre Color qui nous avait déjà titillé les oreilles pendant l'été.

Ca sonne indie à quelques encablures de Two Door Cinema Club ou de Housse de Racket, mais si l'on ferme les yeux, cette visite au pays du funk peut sur le refrain nous faire faire un grand écart improbable entre Sharko pour la voix et... Michael Jackson pour les arrangements.

 

 

Les grands écarts en musique. Un vrai bonheur. Entre les vieux qui ont encore plein de choses à nous apprendre et les jeunes qui nous bluffent par leur audace.

David Salomonowicz

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