La Hongrie tétanise l'Union

Anne Blanpain
Anne Blanpain - © RTBF

Je voudrais donner un petit conseil aux pays candidats: soyez gentils avant de venir dans l'Union, soyez démocrates, respectez la législation européenne, les principes européens. Au moins jusqu'à votre adhésion. Après,... après c'est autre chose.

Ce n'est pas compliqué, si vous dérapez avant de venir dans l'Union, ça va barder. Vous allez avoir sur le dos les Etats membres, les députés, la Commission, tout le monde va, la main sur le coeur, dire: "Ah non, pas ces types dans l'Union, ils ne respectent pas notre législation commune, ils ne méritent pas de s'assoir à la même table que nous" et votre arrivée dans le club européen sera reporté de plusieurs mois voire de plusieurs années.

En revanche,... en revanche si vous êtes propres sur vous, gentils et polis, vous entrez dans l'Union, tout le monde vous fait la bise et ensuite, eh bien ensuite vous ferez ce que vous voulez. Comme l'Italie, vous pourrez concentrer tous les médias ou presque dans les mains du Premier ministre. Comme la Hongrie, vous pourrez littéralement piquer l'argent des fonds de pension privés pour les intégrer dans votre budget public, ou alors vous ferez comme la Hongrie qui met le bazar chez ses voisins en proposant la nationalité hongroise à des Slovaques, des Serbes et autres. Comme la France ou l'Italie, vous pourrez viser spécifiquement les roms, les renvoyer chez eux sans autre forme de procès. Sans qu'aucun état membre ne réagisse vraiment.

Un Parlement divisé

Bien sûr, vous devrez faire face à la réaction de ces idéalistes d'eurodéputés. Mais rassurez-vous, ils se mettent rarement d'accord entre eux. Hier, à Strasbourg, devant un Viktor Orban finalement très à l'aise, les parlementaires ont passé plus de temps à se disputer entre eux qu'à aborder le fond du problème: la constitution hongroise est-elle en contradiction avec les textes et les valeurs européens? 

Le Parti Populaire Européen qui accueille le Fidesz de Viktor Orban s'est montré une fois encore prêt à tout pour défendre l'un de ses membres. Tout content de répéter comme le gouvernement hongrois qu'il fallait changer la constitution car elle datait de 1949, elle était donc "stalinienne" selon Viktor Orban qui s'est bien gardé de dire qu'elle avait été modifiée à 3 reprises pour l'adapter. Le Parti Populaire Européen qui laisse l'un de ses membres plaider pour une Europe chrétienne sans broncher. Le nouveau président du Parlement Martin Shulz ne s'est pas prié pour sortir de son rôle d'arbitre pour expliquer que lui aussi était catholique mais que l'Europe devait être pluraliste sinon ce serait l'échec. 

La Commission a elle aussi soulevé des inquiétudes politiques, José Barroso le président de la Commission a lancé un appel pressant au Premier ministre pour qu'il respecte les valeurs et les principes européens. Mais dans les faits, les mises en demeure de la Commission se limitent à des questions purement juridiques. La Commission attaquera sur base d'infractions à la législation européenne. Donc si vous jouez finement, vous pourrez oublier les valeurs européennes sans trop de soucis.

Des Etats membres embarrassés

L'exemple autrichien, en 2000, a laissé un gout amer aux Européens. A l'époque, ils décidaient de geler toutes les relations bilatérales avec le Gouvernement de centre droit qui avait fait alliance avec l'extrême-droite. Mais le Gouvernement autrichien n'a pas changé et les Européens ont réintégré le Gouvernement autrichien dans leurs rangs.

Il y a bien l'article 7 du Traité qui permet de sanctionner politiquement les violations graves des valeurs européennes. Il faut que neuf Etats au moins soulèvent cette question, ou alors le Parlement européen ou la Commission. Après une procédure un peu lourde, l'Etat concerné peut être privé de droits de vote lors des débats européens. Mais c'est une sorte de bombe nucléaire que personne ne veut utiliser.

Quand vous êtes un Etat, vous ne souhaitez pas vous mêler des affaires de votre voisin, de peur qu'un jour il se mêle de vos affaires. Mais on espère que la Commission ira jusqu'au bout de sa procédure qui peut mener le gouvernement hongrois devant la justice européenne. Même si hélas elle ne concerne que les infractions à la législation européenne, pas aux valeurs. Viktor Orban est membre du Parti Populaire Européen comme l'immense majorité des dirigeants européens, on espère quand même que dans les couloirs, les homologues du hongrois lui rappellent les quelques valeurs européennes auxquelles son pays a adhéré en 2004.

Anne Blanpain

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