La Grande-Bretagne et l'Union: toujours la même passion.

Anne Blanpain
Anne Blanpain - © RTBF

Je ne voudrais pas me mêler de ce qui ne me regarde pas, mais il me semble que les eurosceptiques britanniques font un mauvais procès à leur Premier ministre. David Cameron serait donc un vendu à l'Union européenne, qui n'ose pas la quitter et qui lui passe tous ses caprices. Moi si j'étais eurosceptique britannique, je laisserais David Cameron continuer ce qu'il fait très bien actuellement, c'est à dire, pourrir l'Union de l'intérieur

Exemple le plus récent: 11 pays au moins sont prêts à mettre en place une taxe sur les transactions financières sans attendre les états qui n'en veulent pas. La Grande-Bretagne, toujours très polie, explique qu'elle ne veut pas de cette horrible taxe chez elle mais que les autres font ce qu'ils veulent. Les Européens se disent que tout de même, ces Britanniques, ils sont cool, ouverts, constructifs.

Sauf que ... selon la Commission, cette taxe appliquée dans quelques états ne pose aucun souci au sacro-saint marché unique. "Pas de souci, pas de souci" s'énerve la Grande-Bretagne, "c'est vite dit, je veux une étude beaucoup plus poussée sur la question". Et voilà notre taxe sur les transactions financières peut-être repoussée d'autant.

La Grande-Bretagne ne l'a jamais caché, elle ne veut pas intégrer une Europe plus politique mais elle ne veut pas non plus que cette Europe plus politique se développe sans elle. Outre ce dossier de la taxe, on peut aussi rappeler que la Grande-Bretagne ne veut pas de l'euro mais pleurniche pour assister aux réunions des pays qui partagent la monnaie unique.

 

Sentiments mitigés chez les autres

Sur la taxe et sur la participation britannique aux réunions de l'Eurogroup, clairement ça agace les autres qui ne veulent pas se laisser faire. Mais parfois, les autres s'arrangent de l'attitude de Londres. Souvenez vous il y a plus d'un an, les 27 évoquaient un nouveau traité pour bétonner la discipline budgétaire. Mais certains s'inquiétaient, il faut 27 "oui" pour qu'un traité européen entre en vigueur, que se passerait il en cas de non? un nouveau psychodrame en pleine crise. Heureusement l'intransigeance de David Cameron a sauvé les Européens. Londres exigeait en échange de sa signature moins de régulation européenne des marchés financiers.

"Inacceptable" pour les autres qui ont donc décidé de se passer de la Grande-Bretagne. Voilà donc un nouveau traité, en dehors des clous européens, et donc on peut réinventer les règles de ratification: dès que 12 états l'auront ratifié, le texte entrera en vigueur dans ces pays, il n'y a plus de règle de l'unanimité. Les Européens rêvaient depuis longtemps de donner une leçon aux états qui négocient trop cher leur signature en bas d'un traité, David Cameron a été le bon prétexte même si ça ne pourra pas toujours se faire de cette manière.

Et puis il y a tous les pays qui aimeraient bien dire non à tel projet mais qui n'ont pas toujours envie de passer pour le méchant, alors eux sont ravis de voir la Grande-Bretagne, l'éternelle opposante, prendre la tête des anti-ceci ou anti-cela. Donc, je le répète aux eurosceptiques britanniques, David Cameron fait du bon boulot au sein de l'Union, et il montrera toute l'étendue de son talent la semaine prochaine lors du sommet consacré au budget des 7 prochaines années en fédérant parfaitement tous les radins de l'Union européenne.

 

Anne Blanpain

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