La Flandre, l'homme malade de la politique belge

Toujours pas de gouvernement en Flandre. Alors que la communauté Germanophone, Bruxelles, la Wallonie et la fédération Wallonie Bruxelles ont les leurs. La Flandre est bloquée et cela ne dépend quasiment que d’elle. Or, s’il y a bien un élément qui domine la politique flamande depuis plus de 40 ans, c’est l’idée que tout ce qui ne fonctionne pas bien en Flandre vient de l’extérieur. D’abord ce sont les structures de l’Etat qui défavoriseraient le nord du pays. Ensuite c’est lié aux francophones qui comme le disait Yves Leterme sont comme des pierres dans le sac à dos de la Flandre. C’est cette pensée qui a justifié l’idée qu’il fallait rapatrier le maximum de compétence du fédéral vers la Flandre.

Cette externalisation de la cause des problèmes a d’ailleurs son pendant historique dans le sud du pays. La aussi, en miroir, existe cette tendance à chercher l’origine de nos faiblesses ailleurs. Même si pour le coup, depuis une dizaine d’années les discours changent. Les dirigeants wallons et bruxellois se rangent de plus en plus à l’idée que nos régions devront s'en sortir par elles-mêmes.

La faute aux autres

Mais revenons à la Flandre. Si le gouvernement Flamand est encore en rade près de 4 mois après les élections, ce n’est pas la faute aux autres. La faute des structures de l’Etat, ni la faute des francophones, ni la faute de l’incompatibilité des deux démocraties décrétée par Bart De Wever. La faute est à trouver essentiellement dans les tensions internes de la classe politique flamande. Car le VLD, le CD & V et la N-VA étaient déjà au pouvoir ensemble dans le précédent gouvernement flamand et fédéral. Reconduire une majorité est généralement plus facile que d'en constituer une nouvelle. Pas cette fois. La Flandre se retrouve désemparée. Au sens du Larousse, "désemparé" c’est : être perdu, ne plus savoir quel parti prendre, comment se tirer d’affaire. La classe politique flamande est désemparée.

Contraste

Pourtant la région aligne les succès depuis 20 ans. C’est bien simple, prise isolément, la Flandre est dans le top mondial sur presque tous les indices de développement. L’éducation, la santé, le chômage, le PIB par habitant. Pourtant, le monde politique flamand voyage sans boussole. Comment expliquer qu'un tel déclin politique advienne en même temps qu'un tel épanouissement économique? On peut remonter au milieu des années 2000. A la fin des années Verhofstadt.

En 2004, le CD & V est revenu aux affaires en Flandre sans plus savoir qui il était, avec un Yves Leterme fébrile et maladroit. Il ne recule devant rien pour récupérer le 16 rue de la loi. Il cède au pire simplisme lorsqu'il déclare scinder BHV en "5 minutes de courages politique". C’est lui qui a offert un nid douillet à la N-VA née de l’explosion de la Volksunie. Une N-VA qui a pondu dans le nid du parti dominant et l'en a expulsé. 

Il y a le VLD, qui ne se remet pas de la chute de Verhofstadt. Qui débranche la prise sur BHV, et plonge le pays dans une crise profonde.

Il y a le Spa, qui ne sait plus quoi faire pour garder ses électeurs. Il y a Groen qui ne perce pas autant qu’annoncé. Il y a la N-VA qui choisit d'utiliser les codes du populisme, qui se rend compte qu’elle devient un parti comme un autre et ne pourra que décevoir. Et il y a enfin le Vlaams Belang qui prospère sur ce champ de ruine.

Oui la politique flamande est l’homme malade de la Belgique. Bien sûr, dans le Sud le paysage politique est lui aussi bien mal en point. Les partis traditionnels sont historiquement affaiblis et divisés. Les affaires à répétition, le manque de résultats, et le faible renouvellement des cadres suscitent une méfiance record de la part de la population. Mais malgré tout, une sorte d'intérêt régional semble s'être imposé au bout du compte entre trois partis que tout divisait (MR-PS-ECOLO).

Les partis flamands n'ont plus besoin de la mauvaise volonté des francophones pour bloquer le pays. Ils le font tout seul. Après 5 ans de disputes au sein de la coalition suédoise au fédéral, le VLD, le CD & V et la N-VA, n’ont pas fini leur descente aux enfers. Leur seule obsession est d'être bien certain d'entraîner les autres dans leur chute. Mais le plus dur ce n'est pas la chute. C’est l’atterrissage.

 

 

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