La FGTB compte ses divisions

La FGTB a donc enfin confirmé son soutien à l’accord interprofessionnel qui consacre entre autres l’augmentation du salaire minimum et l’augmentation des heures supplémentaires. Après deux jours de déchirement, autour de possibles irrégularités dans les votes, la FGTB choisit de ne pas changer sa réponse, de confirmer son oui.

Pour comprendre les divisons qui vrillent la FGTB, il faut rappeler l’enjeu de la concertation sociale. Ce ne sont pas que des dossiers techniques ou des organisations font valoir leurs intérêts. C’est du conflit social institutionnalisé, ce sont les rapports de force qui existent dans les entreprises, les tensions qui traversent le monde du travail, les visions du capitalisme, qui se retrouvent transformés en rapports, en chiffres, en salive. Les tensions du monde réel se retrouvent physiquement représentées par des hommes (surtout) et des femmes (un peu), autour d’une même table.

Et cette institutionnalisation est, par essence, un miroir déformant de la réalité sociale. Surtout pour nous observateurs extérieurs. D’abord, il y a deux grands camps, les travailleurs et les patrons, deux visions irréductibles qui doivent malgré tout tenter la conciliation.

Et puis, au sein des organisations même les divisions du monde social apparaissent. A cela s’ajoute des sensibilités, des rivalités humaines, qui sont suscitées par l’organisation elle-même. Cette crise à la FGTB (puisque c’est bien de cela qu’il s’agit) nous dit beaucoup sur ces deux aspects, au niveau du débat de société, et au niveau de la dimension organisationnelle.

La FGTB, une fédération très confédérale

Cette crise révèle que la FGTB est une fédération depuis la guerre. Mais qu’au fond la FGTB reste la confédération qu’elle était avant. Chaque centrale jouit d’un poids considérable et d’une grande autonomie. De plus, la FGTB a intégré la dimension régionale dans ses structures. Ainsi les règles de vote ne sont pas unifiées entre les centrales et les régionales.

Le syndicat socialiste est beaucoup moins pyramidal que la CSC. Les rapports de force entre les centrales y sont beaucoup plus puissants, les rapports de force entre nord et sud aussi. C’est ce qui s’est passé durant deux jours. Des centrales favorables au "oui" comme le Setca (les employés) se sont opposées à des centrales favorable au "non" (la centrale générale). Une majorité de Flamands ont défendu leur "oui", une majorité de wallon et de Bruxellois leur "non". Les partisants du "non" ont profité de l’arrivée tardive de vote des jeunes de l’interrégionale Wallonne pour tenter de renverser le résultat. Les opposants au "oui", ont tenté de faire enregistrer ces votes et ou de recommencer toute la procédure. Sans succès. La remise en cause du vote aurait pu potentiellement déstabiliser la FGTB, voire la faire imploser. Et ca l’aurait certainement décrédibilisé en tant qu’organisation.

Conflit social

Mais l’aspect organisationnel ne doit pas nous rendre aveugle. Car l’organisation déforme autant qu’elle représente la réalité sociale. L’image du miroir déformant fonctionne assez bien. Il faut donc rappeler que derrière ces disputes et ces tensions, il y a du débat et donc de la démocratie. Et ce qu’elle révèle cette démocratie sociale c’est qu’entre nord et sud, l’économie n’a pas la même structure et les mêmes enjeux. Au nord, la question des heures supplémentaires passe crème alors que le chômage est très faible. Dans le Sud, elles hérissent ou le chômage est important.

Ces divisions montrent aussi qu’il est de plus en plus difficile d’unir les travailleurs de secteurs soumis à des contraintes et des réalités très diverses. Les syndicats en général (le vote était aussi très serré à la CSC) vivent peut-être le crépuscule de leur existence dans leur forme actuelle. Car leur raison d’être c’est la solidarité entre travailleurs. Or, il est de plus en plus compliqué de faire le lien entre un travailleur de la chimie et une aide ménagère, entre un travailleur wallon et flamand. 

Enfin, la démocratie sociale doit bien constater aussi que les rapports de force au sein des parlements et des gouvernements sont ce qu’ils sont. Les socialistes et les écologistes sont aux affaires, ils servent encore de relais aux syndicats et un “non” à cet accord interprofessionnel aurait de toute évidence mis ces alliés en difficultés. Ils sont épargnés donc ces partis. Epargnés mais sous pression. Car les syndicats rappellent que le dossier de la hausse des salaires est hors de l’accord interprofessionnel, que la hausse très limitée a été imposée directement par le gouvernement. La clause de paix sociale qui accompagne l'accord interprofessionel ne joue donc pas pour la question des salaires. C’est aujourd’hui le point qui rassemble à la FGTB, et qui transcende à peu près toute les divisions, nord/sud, ouvrier/employé, FGTB/CSC/CGSLB. Ce qui vient de se passer est donc aussi un avertissement pour les patrons et le gouvernement. Les divisions syndicales sont prêtes pour le combat.  

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