La F1 à Spa après-demain ?

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Le 29 août, le grand cirque de la formule 1 fait étape à Francorchamps. Est-ce une des dernières fois ou au contraire, la volonté politique est-elle de maintenir coûte que coûte l'épreuve spadoise dans le championnat du monde ?

Car c'est clairement une volonté politique si Francorchamps reste une étape du calendrier F1. Depuis trois ans que la Région Wallonne « encadre » la manifestation, à aucun moment, la rentabilité économique du Grand Prix n'a pu être démontrée. Pour relancer la machine, la région n'a pourtant pas négligé sa peine : elle est allée à Canossa chez Bernie Ecclestone. Elle a investi des dizaines de millions, renouvelé ou adapté les infrastructures. Elle a même prévu une caisse pour éponger les pertes des débuts si besoin en était. Qu'en reste-t-il ?

Le prestige d'une épreuve

C'est peut-être l'ultime vanité des sports moteurs de revendiquer à contretemps cette débauche de consommation énergétique, d'émission de gaz polluants au moment-même où le gouvernement wallon, associé de près à la compétition, prône, pour le citoyen lambda, l'utilisation de voitures de petite cylindrée, économes en carburant, avares en émissions de CO2.

Incongru, voire déplacé ! Pourtant, alors même qu'on s'alerte sur la survie de la planète et qu'on brocarde ceux qui s'en fichent, le circuit spadois reste adulé sur la scène internationale. Francorchamps serait donc une brillante entreprise de communication belge voire peut-être wallonne.

Mais comme toute entreprise, elle doit aussi établir un bilan, faire ses comptes. Et ils ne sont pas brillants.

Un Grand Prix à petit prix

Il n'allait rien coûter ou presque ce circuit, une fois les infrastructures remises en ordre. Et pourtant ! Pressentant des difficultés, la Région avait prévu un bas de laine de 12 millions. Il permettrait d'éponger les pertes jusqu'en 2012. Or, après 3 épreuves, il ne reste presque plus rien dans la chaussette : 8 ou 900.000eur à ce qu'il semble. Etienne Davignon aux commandes de Spa Grand Prix avait prévenu : quoi qu'on fasse, le GP de F1 est une entreprise structurellement déficitaire à Francorchamps.

Et ce ne sont pas les ventes annoncées par André Maes cette semaine qui sont de nature à rassurer. Le directeur de Spa Grand Prix se dit optimiste et satisfait d'avoir déjà écoulé 40.000 billets. Or l'an dernier, à même époque, les chiffres étaient du même tonneau et l'épreuve a laissé une ardoise monumentale ! On veut espérer que les quinze derniers jours d'août verront les ventes exploser, que les 65.000 places nécessaires à l'équilibre financier seront toutes achetées. Faute de quoi, on se retrouvera dans un nœud.

Paris vaut une messe. Mais Francorchamps ?

L'an dernier, voyant approcher la drache, les organisateurs avaient émis l'hypothèse d'un Grand Prix une année sur deux en alternance avec le Nürburgring. Eventualité, à ce qu'il semble, aujourd'hui abandonnée. Il reste donc contractuellement jusqu'en 2012 trois épreuves à organiser celle de ce mois-ci comprise. Si la région décide d'honorer son contrat, à la lueur des éditions précédentes, cela pourrait lui coûter une dizaine de millions... qu'il faudra trouver. Mais après ? L'organisation du Grand Prix au-delà de 2012 sera certainement l'objet de discussions serrées.

Bernie Ecclestone qui voudrait évoquer la question lors du week end spadois aura l'occasion de poser ses balises. En-dehors du prix de l'opération, question cardinale pour la (paraît-il) 6ème fortune  britannique, d'autres considérations entreront en ligne de compte : dans trois ans, pour les 20 probables GP de F1 de la saison, il y aurait déjà 25 candidats ! La Wallonie pourra-t-elle se permettre de participer aux enchères, voire à la surenchère ? On en doute un peu.

Les arguments de visibilité internationale, généralement mis en avant pour justifier la dépense, risquent de ne plus faire le poids. D'abord parce que le budget régional est à la peine alors que les besoins créés par la crise économique sont écrasants. Ensuite parce que se profilent des incertitudes liées aux négociations institutionnelles et enfin parce que l'actuelle majorité politique wallonne est moins bien disposée que la précédente à l'égard de la compétition.

C. Defoy

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