La démocratie si c'est possible, la technocratie s'il le faut

La démocratie si c’est possible, la technocratie s’il le faut
La démocratie si c’est possible, la technocratie s’il le faut - © Tous droits réservés

La formation fédérale est dans le brouillard. Et dans le brouillard certains perdent leur patience. Ainsi pour le candidat à la présidence du CD&V Joachim Coens, qui est aussi bourgmestre de Damme et directeur du port de Zeebrugge, il faut confier la gestion du pays à des experts. Des experts issus du monde académique, administratif et de l’entreprise. Comme en Italie, en pleine crise financière de 2011.

Cette proposition est beaucoup plus qu’une petite idée de comptoir. Elle révèle le rejet de la démocratie par une partie grandissante de l’élite économique et financière. Ce rejet se matérialise dans l’idée qu’il existerait des experts forcément neutres. Ceci implique que la politique relèverait de la gestion, comme de la gestion d’une entreprise. La conduite des affaires publique ne serait ni à gauche, ni a droite, elle serait bonne ou mauvaise, efficace ou inefficace, comme la gestion d’une entreprise.

C’est une très vieille idée, que l’on retrouve déjà chez Platon. Dans "La république" il place à la tête de la cité des savants, des philosophes rois. Chez Platon la démocratie est décrite comme un régime décadent et inefficace. Aujourd’hui, le patron du port de Zeebrugge, nous donne sa version. À la Mario Monti, en 2011 en Italie, soit un gouvernement qui a appliqué un programme d’austérité. Gouvernement au bilan discuté, puisqu’il a permis l’émergence de forces populistes les plus puissantes depuis la guerre.

La technocratie n’est donc pas neutre, elle cache une idéologie qui vise à consolider les pouvoirs dominants. C’est une idéologie inégalitaire et profondément antidémocratique qui ne dit pas son nom.

Possible un gouvernement d’expert ?

Ce serait assez facile à mettre en place, sur le papier. Il ne faut pas nécessairement être élu pour faire partie du pouvoir exécutif, les cas sont légion. C’est assez normal d’ailleurs. Cela permet à des personnalités issues de la société civile, de devenir ministres. Un gouvernement entier pourrait être constitué de personnalités non élues, issues de la société civile, il suffirait qu’il dispose d’une majorité à la chambre pour obtenir la confiance. Une technocratie nécessiterait l’accord d’une majorité de partis, qui devraient trouver un consensus autour d’une liste d’experts.

Ensuite il faudrait leur donner une feuille de route, que feront-ils et pourquoi ? Doivent-ils diminuer les dépenses publiques, laisser filer la dette, prolonger le nucléaire, instaurer une taxe carbone. Sur tout ça, il faudrait un accord minimum d’une majorité de députés. S’ils peuvent le faire, alors pourquoi ne pourraient-ils pas s’accorder sur une liste de ministre ?

Enfin, l’idée vient du patron du port de Zeebrugge, et candidat au CD&V. Or le CD&V a un rôle majeur dans le blocage actuel. Le CD&V a aussi ses exclusives. Si on y regarde bien elles sont d’ailleurs encore plus dures que celle de la N-VA et du PS. Eux ont déjà commencé à avaler leurs couleuvres. C’est le CD&V qui se montre inflexible quand à la formation d’un gouvernement sans la N-VA qui serait minoritaire en Flandre.

On connaissait l’axiome de la N-VA : avec la Belgique si c’est possible, sans la Belgique s’il le faut. Voici celui de Joachim Koens : la démocratie si c’est possible, la technocratie s’il le faut. L’idée est tellement mauvaise qu’elle a des chances de se réaliser un jour.
 

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