La démocratie face au cas Dries Van Langenhove

Comment la démocratie doit-elle se protéger de ses ennemis ? Cette question qui a traversé le 20e siècle ne nous quitte pas. Prenez le cas de Dries Van Langenhove qui divise la Chambre. Ce jeune élu du Vlaams Belang sera mis à l’honneur demain en tant que plus jeune député aux côtés de Patrick Dewael, le plus expérimenté. Malaise. Car Dries Van Langenhove a stupéfait la Belgique il y a un an à travers un reportage de la VRT. On le voyait fièrement diriger une "quasi-milice" de virils flamingants suprémacistes blancs : Schild and Vrienden. Une "quasi-milice" 2.0 très active sur les réseaux sociaux dont le racisme décomplexé a été exposé au grand jour.

Dries Van Langenhove a eu des problèmes avec son université. Mais ça lui a permis d’être recruté par le Vlaams Belang et ensuite élu député. Le reportage lui a aussi valu, hier, d’être inculpé pour détention d’armes, pour racisme et négationnisme. Le juge a d’ailleurs ordonné qu’il visite la Caserne Dossin, le lieu d’où sont partis 25.000 juifs vers les camps de concentration. Réaction laconique de l’intéressé : “ça tombe bien j’aime bien visiter les musées”. Cet homme-là sera donc mis à l’honneur demain à la Chambre.

Fossé nord sud

On se rend compte que s’il n’y a pas deux démocraties, il y a en tout cas sur ce type de polémique bien deux cultures politiques dominantes. Côté francophone, Ecolo, le PS, le MR s’indignent de l’honneur qui lui est fait dans le temple de la démocratie et souhaite qu’on trouve une parade pour éviter sa présence à l’avant-plan, quitte à tordre les règles et lui réserver un traitement d’exception. Côté flamand, si son cas suscite bien des discussions, le fait qu’il ait droit à cette place en vue est peu remis en question. Il a été élu, la tradition est ainsi faite.

Nous sommes de plus en plus divisés sur la question du rapport à l’extrême droite et à l’intolérance. La société flamande a cultivé une certaine tolérance à l’intolérance, alors qu’au sud c’est l’inverse, on cultive une intolérance à l’intolérance. Au fond, nous sommes divisés sur Karl Popper.

Popper et l’intolérance

En pleine seconde guerre mondiale, ce philosophe libéral autrichien théorise le fait que la démocratie, si elle ne se protège pas de ses ennemis, finit par disparaître. Et voici ce qu’il dit :

Nous devrions donc revendiquer, au nom de la tolérance, le droit de ne pas tolérer les intolérants. Il faudrait alors considérer que tout mouvement prêchant l’intolérance se place hors la loi et que l’incitation à l’intolérance est criminelle au même titre que l’incitation au meurtre.

Pour Karl Popper, les démocraties doivent lutter contre l’intolérance par le droit et la justice. L’inculpation de Dries Van Langenhove débouchera peut-être bien sur une condamnation en bonne et due forme. Mais que nous aurait conseillé Karl Popper pour cette question de la prestation de serment ? Il aurait sans doute donné raison à la thèse dominante au nord. Il nous aurait dit qu’il fallait appliquer le droit, les règles. Et les renforcer éventuellement pour la prochaine fois.

Mais Karl Popper aurait aussi ajouté très certainement que la lutte contre l’intolérance n’est pas qu’une question de droit. Mais aussi de débat public. Un débat dans lequel les démocrates doivent marquer clairement leur rejet de l’intolérance. L’attitude de la N-VA qui joue expressément la confusion des genres avec le Vlaams Belang l’aurait très certainement ulcéré. Il aurait dénoncé très certainement cette petite tape dans le dos très amicale qui a eu lieu hier entre deux députés au parlement flamand. Un signe de respect mutuel entre Bart De Wever, président de la N-VA, et Philippe Dewinter, figure historique du radicalisme du Vlaams Blok/Belang.

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