La croisière du Pacte d'excellence ne s'amuse plus

Le Pacte d'excellence est en panne. Comme un navire, un immense paquebot de croisière qui a dû couper ses moteurs. Dommage, il était justement à l’approche du port. Le port, c’est les élections. Mais voilà, le navire restera en mer. Il n’est pas coulé le Pacte, loin de là. Juste bloqué (partiellement en réalité), c’est un gros contretemps. Le problème? Sur un point important, il faut une majorité des deux tiers. Il faut donc les voix des libéraux au Parlement de la Communauté française. Et les libéraux ont dit non hier. Il s'agit du volet gouvernance du Pacte. Si on résume, les écoles vont être sous contrat avec la Communauté française. Ce sont les "contrats d’objectifs". Or, la Communauté organise elle-même son réseau. Donc elle aurait été en même temps juge et partie au contrat. Il faut donc créer une structure autonome pour gérer l’enseignement officiel organisé par la Communauté. 

Un refus stratégique du MR

Alors ce qui est intéressant dans cette affaire, c’est que le MR est historiquement demandeur de ce découplage. Mais ici il freine. Officiellement parce que la structure créée est trop “politisée”, c’est le terme repris dans le communiqué du MR.  Mais il y a deux autres raisons très stratégiques à ce refus. Premièrement, voter oui aurait été quelque part libérer le Pacte, laisser le paquebot tranquillement achever sa croisière. Et ça le MR, qui s’oppose à certains fondamentaux du Pacte comme l’allongement du tronc commun, ne le voulait pas.

Deuxièmement, en votant non, le MR se donne du temps. Le temps d'éventuellement revenir au pouvoir après les élections et d’encore faire changer le cap du paquebot. Au fond, voter pour le découplage aurait fermé aux libéraux des possibilités de peser encore sur le Pacte. 

Risque contrôlé

Bloquer le Pacte d’excellence c’est risquer de se mettre à dos beaucoup de monde car parmi les acteurs institutionnels de l’école il y a un consensus assez large. Par contre, c’est moins le cas dans les écoles. Électoralement, ce refus est intéressé (on verra s'il est intéressant) car dans les écoles, le Pacte divise, il suscite du scepticisme.  
Les directeurs sont en colère, ils estiment ne pas avoir le temps et les moyens d’être efficaces et la rédaction de ces contrats d’objectifs est parfois vécue comme de la bureaucratie.
Les profs sont divisés. L’allongement du tronc commun, les craintes de charge de travail supplémentaire, la polémique sur la disparition du cours d’histoire et de géo, la limitation des possibilités de redoublement, tout ça n’a pas convaincu les 100 000 profs de la Communauté française. Or, cette masse électorale énorme, très syndiquée, n’est pas vraiment majoritairement tournée vers les libéraux. Avec cette opposition, les libéraux se disent qu’ils peuvent peut-être avoir une partie des profs avec eux. 

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