La communication du déconfinement, entre faux espoirs et motivation

Le comité de concertation de vendredi a été le plus court de cette pandémie : une petite heure. Le temps pour le commissaire Corona Pedro Facon, de dresser un tableau noir de la situation sanitaire. Et tout le monde, autour de la table, s’est rapidement rallié à la proposition du Premier ministre d’Alexander De Croo d’attendre, une semaine. Ce qui tranche avec la foire d’empoigne qu’on a connu les jours précédents. Plus que la décision de vendredi, qui est logique dans le cadre d’une gestion rationnelle du risque, c’est ce qui s’est passé avant qui pose problème, toutes les prises de position, les demandes d’assouplissements. Autant, il y a deux semaines, c’était plus ou moins audible, les courbes étaient relativement encourageantes, autant, à partir du vendredi 19 février, quand les porte-parole de Sciensano annoncent une possible augmentation des chiffres, c’est beaucoup plus discutable, en termes de communication.

Motivation et communication


Cela fait pourtant des semaines que des pistes pour mieux communiquer existent, elles se trouvent dans les rapports coécrits par les psychologues du GEMS, le groupe d’experts qui conseillent le comité de concertation. Mais, pour une raison que j’ignore, un certain nombre de responsables politiques, les mêmes qui parlent de santé mentale à tout bout de champ, ne veulent pas suivre ces pistes. Celles-ci, on les avait très largement évoquées, avec Baptiste Hupin, dans le podcast Les Quatre Saisons, il y a un mois. Mais je vais les répéter ce matin. Et même, pour une fois, je m’autorise à les publier. Les voici, trois pages du rapport du GEMS, concernant la motivation et la communication. Une communication à la hauteur, selon les experts psys qui ont rédigé cette note, c’est d’abord déterminer un moment pour s’adresser à la population, une, deux fois par semaine, sans que cela ne soit lié à un comité de concertation. Deux politiques et deux experts, ensemble, décrivent la situation sanitaire, psychologique, les objectifs à court et long terme, rappeler pourquoi nous devons respecter les règles. Il faut aussi faire usage d’une communication visuelle, parce qu’elles sont plus faciles à intégrer au niveau cognitif. Il faut une communication positive, montrer l’efficacité des mesures sur les courbes, et puis, j’ai gardé le meilleur pour la fin : "Il faut créer des perceptions réalistes du risque en présentant les informations épidémiologiques clés de manière neutre et informative. Cela implique de tempérer les messages d’espoir injustifié qui peuvent se retourner contre vous au fil du temps (car ils suscitent la déception)." Fin de citation.

La semaine dernière, on a vu plus que des messages d’espoir, des messages politiques. Il fallait prendre à témoin la population, montrer que tel ou tel parti était aux côtés des gens et des secteurs qui souffrent. Et ainsi, faire pression sur certains membres du gouvernement. C’était le modus operandi essentiellement des présidents de parti, qui ont décidé qu’il fallait traiter le calendrier du déconfinement comme si c’était une réforme fiscale, comme si on pouvait négocier le déconfinement comme n’importe quelle mesure politique. Mais le déconfinement est-il vraiment un débat politique ? On peut en douter. Car comme le disait ce week-end Marius Gilbert, dans le grand oral de Bertrand Henne qu’on salue, les décisions d’assouplissement ne sont pas à somme nulle.

Alors fini le débat, juste les chiffres ?

Erika Vlieghe, la cheffe du GEMS, disait ce week-end qu’il fallait arrêter de râler. Elle pensait certainement autant à la population qu’aux politiques car c’est un vrai débat, abordé également ce matin dans le journal Le Soir par Jean-Marc Nollet. Les politiques doivent-ils partager dans les médias leurs analyses et propositions ? Peuvent-ils râler ? Ou doivent-ils se taire et faire preuve d’unanimisme après la prise de décision ? Pour le coprésident d’Ecolo, il faut participer intelligemment au débat public. On notera tout de même qu’admettre de ne pas respecter les règles, il me semble que ce n’était pas la chose la plus maligne à dire. Par ailleurs, il est, au minimum, étonnant que ce débat provienne de la majorité, et pas de l’opposition, qui est plutôt responsable dans cette séquence. Là où Jean-Marc Nollet a raison, par contre c’est qu’il faut qu’un débat public puisse se maintenir. Mais pas au prix de faux espoirs. Le débat doit se concentrer sur des éléments sur lesquels les politiques peuvent un petit peu plus peser. Et singulièrement sur la vaccination. Le switch a déjà commencé ce week-end, d’ailleurs. Et on peut s’attendre à pas mal des déclarations publiques sur ce terrain-là, où il est vrai, ça ne se passe pas bien du tout.

Reste, pour conclure, ce réel décalage, entre d’un côté, les prises de parole, on peut citer d’ailleurs aussi Paul Magnette il y a trois semaines, qui évoquait l’horeca, de l’autre, les discussions à la table du comité de concertation. Il n’y a pas de demandes farfelues, c’est assez balisé en amont et il n’y a pas autant de bruit qu’à l’extérieur, dans le débat public. En fait, rendre public les débats du comité de concertation, ce serait une bonne idée : on y verrait de la rationalité, une analyse des risques, des demandes, parfois fortes, mais de la compréhension et au final, des décisions assumées, en bonne intelligence. De l’intelligence, on y revient.
 

Télécharger "Télécharger les recommandations du GEMS en matière de communication et motivation "
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