La bombe du décumul à Bruxelles

Bertrand Henne
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Quand on parle de bombe atomique dans ce pays, on ne pense pas à Kleine Brogel mais aux bombes atomiques institutionnelles. Quand grosso modo on atteint un point de tension tel qu'on atteint les limites du système. Il faudrait d'ailleurs raconter l'histoire de cette expression. La première utilisation que j'ai retrouvé venait de Philippe Moureaux, vice-Premier PS en 1991 dans un gouvernement Maertens.  Les licences d'exportations d'armes sont alors bloquées par la Flandre. Philippe Moureaux menace que les wallons les délivrent eux-mêmes outrepassant leurs compétences. Des compétences qui seront finalement régionalisées. On touchait de fait aux limites du système. C'est donc encore le cas aujourd'hui à Bruxelles, et cette fois-ci, c'est le décumul qui pose problème.

Une majorité alternative

Le parlement bruxellois en débat aujourd'hui avec une proposition signée PS-sp.a-Ecolo-Groen-DéFI, soit une majorité originale de 48 sièges sur 89. Une proposition de décumul intégral entre les postes de député et de bourgmestre, échevin, président de CPAS. Le MR et le cdH n'y sont pas favorables et prônent plus de souplesse. On retrouve ici le même clivage qu'en Wallonie.

Mais ce qui pose problème, c'est le "niet" catégorique du VLD et les nuances qui veulent dire non sans tout à fait le dire du CD&V et de la N-VA qui prônent plutôt le décumul financier. La N-VA qui se demande pourquoi un échevin d'Anvers pourrait siéger au parlement flamand ou à la Chambre, mais pas un échevin bruxellois au parlement bruxellois.

Or, ce genre d’ordonnance demande une majorité dans chaque groupe linguistique ce que sp.a et Groen n'ont pas. Il y a donc un veto flamand. Mais c'est là qu'arrive la bombe car il existe un mécanisme qui permet d'éviter le blocage du parlement bruxellois, un mécanisme explicitement mis en place il y a quelques années pour contourner le Vlaams Blok, à l'époque très fort. Ce mécanisme pourrait donc être utilisé contre la N-VA, le VLD et le CD&V. Il ne faudrait alors plus qu'un tiers des voix flamandes et la proposition passerait.

Des réactions rudes

Les réactions des partis flamands opposés au décumul sont rudes. La N-VA parle de bombe institutionnelle, le CD&V estime que cela remettrait en cause les équilibres institutionnels bruxellois et le VLD parle d'un problème sérieux qui aura des répercussions au niveau national. Bref, il s'agirait d'un crime de lèse flamand. sp.a et Groen, eux, parlent de maquillage communautaire d'un problème purement politique. Mais donc attention, aujourd'hui, on pourrait bien toucher aux limites du système. Et comme toujours dans ces cas-là, ce sera la crise!
 

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