La Belgique politique est une soupe

La Belgique politique est une soupe 
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La Belgique politique est une soupe. Et une soupe indigeste il faut bien le dire. Observons ce qu'il s’est passé hier à Bruxelles. La capitale était le seul endroit où la négociation fonctionnait normalement. Finalement non, l’Open Vld a demandé de ralentir le rythme dans l’espoir de donner une chance au MR de revenir à la table. Pour rappel à Bruxelles, le PS, Ecolo et DéFI parlent ensemble avec, côté flamand, le Vld, le sp.a et Groen.

Voilà donc un coup de frein, à défaut d’un coup d’arrêt qui permet de se rendre compte à quel point le processus de constitution des gouvernements est profondément interdépendant. Une soupe si on veut. Une soupe dont ne fait pas partie la communauté germanophone qui a sa propre recette. Car la vie politique germanophone est largement autonome par rapport aux autres niveaux de pouvoir. Et là on peut en conclure que la communauté germanophone est au fond la seule entité fédérée du pays à vivre un fédéralisme mature. Elle a sa vie politique propre, ses partis parfois liés aux partis francophones mais de manière technique et très peu politique. Ce n’est pas le cas des autres niveaux de pouvoir. Le comportement de l’Open Vld à Bruxelles nous le démontre une nouvelle fois. Cela montre que Bart De Wever a tort, il n’y a pas deux démocraties dans ce pays. Il y en a au moins 5…

Le précédent 2014

Pourtant en 2014, les régions, surtout la région wallonne, avaient fait leur choix très vite. En Wallonie, la coalition PS-cdH a été annoncée sans tenir compte du fédéral. Beaucoup avaient jugé que c’était le signe d’un régionalisme très avancé. Sauf que si on y regarde bien, c’est beaucoup plus compliqué que ça. Là aussi c’était la soupe. C’est d’abord de Flandre qu’est partie l’impulsion, le CD&V voulait gouverner avec la N-VA. Le CD&V voulait monter avec la N-VA également au fédéral. Elio Di Rupo a senti alors que le PS risquait l’exclusion partout. Il a rapidement accéléré le tempo en Wallonie. Ceci a conduit le MR à accepter de monter seul au fédéral avec l’Open Vld pour obtenir une majorité. Et au bout du compte, le Vld s’est imposé in extremis au gouvernement flamand.

La lenteur de 2019

Nous vivons la même interdépendance mais cette fois la configuration est différente. À l’accélération de 2014, succède la lenteur de 2019. Une lenteur qui finira par prendre fin quand Bart De Wever, le PS et Ecolo auront fini de montrer qu’ils comprennent le signal de l’électeur. Il faudra bien à un moment construire une majorité avec des partis disponibles pour le faire. Bruxelles espérait s’extirper de cette interdépendance. Bruxelles assumait quelque part une forme d’autonomie par rapport aux autres, assumait un fait régional bruxellois. Et bien l’Open Vld vient de les rappeler à l’ordre.

Marre de la soupe ?

Oui cette soupe qui déroute voire dégoûte de plus en plus de citoyens montre que notre fédéralisme n’est pas abouti. Il y a de quoi s’interroger d’abord sur l’intérêt de ces méga scrutins qui favorisent cette interdépendance. Cela dit à l’époque, les scrutins ont été couplés parce que les principaux partis avaient constaté que les scrutins régionaux bloquaient le fédéral. Il est vrai que les campagnes régionales tournaient plus souvent autour des questions fédérales. Bref, c’était aussi la soupe.

Dans un système fédéral adulte nous devrions tous fonctionner comme les germanophones. Que chaque entité fédérée dispose non seulement d’une autonomie de compétences, mais aussi d’une large autonomie politique. Pour ça, il faudra rediscuter de la recette de la soupe. De l’organisation du pays et en particulier d’un découpage autour de quatre régions et d’un État fédéral au rôle éclairci. Discuter institutionnel apparaît indigeste à une bonne partie des francophones. C’est compréhensible, mais alors il faudra assumer la soupe actuelle… Pour longtemps sans doute.

 

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