La Belgique ne doit pas se prendre les pieds dans le vaccin

Aujourd’hui les régions et l’État fédéral devraient présenter leur accord à propos de la stratégie de vaccination en Belgique. Échec interdit pour les différents gouvernements.

Les risques du modèle belge

La vaccination ne peut subir le même sort que le RER ou que le plan climat, ces dossiers que le modèle belge à permis avec une incroyable ingéniosité à retarder, empêcher, freiner, saboter, paumer, bloquer, procrastiner, lénifier, anesthésier…

Bref, la Belgique ne peut se permettre de se prendre les pieds dans le vaccin, que ce soit au niveau de la prise de décision, de la communication, et de la logistique.

Le risque est connu de tous. Si les autorités foirent ce coup-là, la Belgique devra étendre plus longtemps des mesures de restrictions. Alors qu’ailleurs les populations seront libérées, nous resterons privés, comme derrière un rideau de fer à contempler l’Europe qui repart. Nous serons condamnés à regarder dans les autres pays, les gens recommencer une vie presque normale alors que nous, nous attendrons.

À l’extérieur, notre réputation va en prendre un coup. Mais le pire ce sera à l’intérieur. Il ne faut pas être un grand devin pour comprendre que la méfiance et la colère qui existent déjà aujourd’hui seraient décuplées. Aller vite mais en prenant le temps du débat, de la transparence, de l’explication pour éviter un rejet de vaccins qui ne sont d’ailleurs pas encore autorisés par l’Agence européenne du médicament. Les autorités sont sur une ligne de crête extrêmement étroite.

Le soft power des vaccins

La Belgique n’est pas en avance. Au Royaume-Uni et en Russie on va commencer la vaccination dans les prochains jours. La dimension géopolitique du vaccin est évidente. Entre l’Amérique de Pfizer qui inonde le monde de sa technologie et fait un peu oublier que c’est une boîte européenne qui est à l’origine de son succès, les Russes et leur Sputnik V, Boris Johnson au Royaume-Uni qui toise le continent dans le contexte du Brexit.

Oui ce vaccin est une extension de la politique étrangère et intérieure. Il comporte une dimension de conquête par le Soft Power à l’extérieur et une dimension de conquête des opinions publiques à l’intérieur.

C’est aussi vrai chez nous. Au sein de l’Europe, la compétition est heureusement limitée par l’action des autorités européennes, de la commission qui a joué son rôle de défense de l’intérêt européen et de l’agence européenne du médicament.

Mais une fois les autorisations délivrées, chaque État va se retrouver face à ses responsabilités. Et devra démontrer à sa population qu’il est capable de relever ce défi majeur.

Comparaison et compétition

En Belgique ce sera entre nord et sud qu’on va se regarder. Nous sommes une nouvelle fois dans des compétences largement partagées entre entités fédérées. On est aujourd’hui d’accord sur la méthode, sur qui vacciner en premier, sur les rôles de chacun. C’est évidemment important.

Ce qui reste à réussir c’est d’avoir un rythme de vaccination homogène entre les trois régions. Car imaginez qu’une entité fédérée prenne quelques mois de retard, elle devrait peut-être alors infliger à sa population des mesures de restrictions qui auraient disparu chez les autres. La comparaison va jouer à plein dans cette affaire.

Et ce défi colossal est à notre portée. Bien sûr notre histoire récente a de quoi nous inquiéter. Mais les dernières semaines peuvent donner des raisons d'y croire. En parlant de comparaisons, nous sommes petit à petit en train de devenir au niveau européen parmi les meilleurs élèves de la classe. Dans le dernier rapport épidémiologique de sciensano, sur 31 pays, nous sommes passés de la peu enviable première place au classement des contaminations à la 26e place. Seuls 5 pays font mieux que nous, La Grèce, la Norvège, la Finlande, l’Irlande et l’Islande. Un résultat tout simplement spectaculaire auquel pas grand monde n’aurait cru il y a un mois.
 

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK