La Belgique en régime de crise

Depuis hier, on est officiellement en crise. "La prise n’a même pas été branchée entre le PS et la N-VA", 163 jours après les élections, il ne s’est rien passé selon le discours de Paul Magnette. C’est, on peut le dire, le début officiel de la crise politique. Ce moment où la dramatisation commence à pointer le bout de son nez, où le ravin semble tellement inéluctable que des formules bizarres et incompréhensibles sont imaginées pour éviter la chute.

Bien sûr personne n’est dupe, la dramatisation c’est un récit médiatique. La situation de crise existe au moins depuis la décision de la N-VA de quitter le gouvernement il y a presque un an maintenant. Depuis lors, on le sait. Depuis le 26 mai on le sait encore plus. Depuis la fin de l’été, après la formation de deux gouvernements régionaux aux majorités et surtout aux programmes diamétralement opposés, on le sait définitivement : ce pays est devenu ingouvernable.


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Une crise différente ?

Cette crise est différente des autres. Prenons, les deux dernières grandes crises, 2010 et 1988. 2010 c’est l’aboutissement d’une série de tensions nées des résolutions du Parlement flamand de 1999 et de l’arrêt de la Cour constitutionnelle demandant de revoir l’arrondissement de Bruxelles Hal Vilvorde. Des résolutions et un arrêt que les partis francophones avaient snobés en se mettant d’accord pour être demandeur de rien, c’est le fameux (et inefficace) front francophone.

Les partis flamands avaient donc des demandes, les francophones aussi : que rien ne bouge. Les deux visions ont fini par se rejoindre.

En 1988 c’était différent, les deux côtés étaient demandeurs d’évolution. Et singulièrement les francophones, PS en tête, avec la création de la région Bruxelloise. Il y avait face-à-face, deux stratégies qui ont fini par s’accorder.

Ici, point de front. La crise est évanescente. Il n’y a pas deux armées qui se font face, pas deux stratégies qui s’entrechoquent. La Belgique politique est éparpillée façon puzzle. Les partis ont perdu en influence, il n’y a plus de front flamand uni. La N-VA parle de confédéralisme mais ne sait pas elle-même ce que c’est. Côté francophone, l’idée même d’une stratégie commune fait sourire quand les deux grands partis PS et MR s’accusent mutuellement de lâcheté.

Crise de régime ?

Oui, par définition, le système ne parvient plus à créer du consensus, au contraire il suscite du dissensus et en conséquence de la méfiance. Francis Delpérée, alors constitutionnaliste, parlait en 1999 d'un "fédéralisme de confrontation". Autrement dit, ce n’est pas une crise de régime c’est un régime de crise. Car on se voile la face: on est déjà dans une forme de confédéralisme. La majorité en Flandre estime que le signal de l’électeur c’est qu’il faut gouverner au centre droit avec la N-VA et elle a raison c’est le sens des urnes. La majorité côté francophone estime que le signal de l’électeur c’est de gouverner au centre gauche avec le PS et elle a raison aussi. Les régions ont défini leur ligne et le fédéral est l’oublié du système belge.

Le problème c’est que ce constat est connu et archi-connu. Plus grand monde ne le nie, il faut repenser le fonctionnement de la machine. C’est un éléphant dans le couloir. Or, ce qui frappe c’est le niveau de cécité, d’impréparation des différents partis au nord comme au sud face à l’éléphant. Le problème n’est pas tant que les partis n’ont pas de plan B pour la Belgique, c’est qu’ils n’ont même pas de plan A.

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