La Belgique aux urgences

La Belgique aux urgences
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C’est devenu l’hypothèse la plus vraisemblable, il ne sera pas possible de former un gouvernement fédéral normal en Belgique. La crise a encore atteint un nouveau stade. On pourrait aller vers une coalition ni-ni. Ni gouvernement normal, ni élections.

La sortie de Paul Magnette, pour dire une fois de plus que le PS n’ira pas dans un gouvernement avec la N-VA, a plongé Koen Geens et le CD&V dans une colère noire. Son interview hier au Zevende Dag de la VRT était marquante. Il évoque un coup dans le dos. Il croyait dit-il qu’une solution était possible entre PS et N-VA. Pour lui, Paul Magnette a tout gâché et considéré le CD&V comme la serpillière de la rue de la loi.

Voilà pour le récit de Koen Geens. Il passe assez bien en Flandre puisque même le président du SP.A Conner Rousseau en veut à Paul Magnette. Bien sûr, ce récit n’est pas partagé par les socialistes. Ils rejettent la faute sur le CD&V qui n’a pas permis à Koen Geens de tester d’autres solutions qu’avec la N-VA. L’image du PS en Flandre en a encore pris un coup ce week-end, minant encore un peu plus les chances d’établir la confiance minimale pour former un gouvernement.

Retour aux urnes ?

Sans confiance minimale, tout le monde pense aux élections. Mais pour aller revoter il faut une majorité au parlement, il faut en plus que le gouvernement soit d’accord. Or ce n’est pas du tout évident pour le CD&V et le VLD en situation de grande faiblesse de prendre une telle décision. Donc, dans les prochaines semaines, on va sans doute travailler sur l’hypothèse ni-ni. Ni élections, ni gouvernement de plein exercice, celle d’un gouvernement temporaire d’urgence qui prendrait quelques décisions clefs en matière de budget. Faute d’avoir réussi à planter un nouveau gouvernement, on tente la greffe.

La greffe ?

La greffe, c’est peut-être l’hypothèse la moins compliquée aujourd’hui. Le MR, le VLD et surtout le CD&V sont déjà au gouvernement et ne peuvent pas démissionner. On peut tenter une greffe. Greffer à ce gouvernement le soutien de plusieurs partis pour voter un budget. Plusieurs options sont possibles. Le gouvernement pourrait rester minoritaire mais avec un soutien de l’extérieur. Le PS ou la N-VA peuvent voter un budget ou simplement soutenir quelques mesures ponctuelles au sein des douzièmes provisoires. Des partis pourraient aussi simplement rejoindre l’exécutif actuel autour d’un projet minimal.

Ce gouvernement greffé, minoritaire ou non, ne demanderait pas la confiance et resterait en affaire courante. Ceci permettrait au CD&V de ne pas manger sa parole de gouverner sans la N-VA si c’est le scénario choisit. Mais ce "mieux que rien" a une légitimité démocratique et constitutionnelle douteuse. Tellement douteuse que tous ceux qui évoquent ce scénario le baptisent “gouvernement d’urgence”, gouvernement “temporaire” pour éviter le reproche de hold-up démocratique. Mais temporaire jusqu’à quand ? Certains disent trois ou 6 mois, d’autres deux ans.

La Belgique politique est aux urgences et pourrait y rester longtemps afin d’éviter les soins intensifs. Bref, quoiqu’il arrive on ne sortira plus de l’hôpital avant un bout de temps.

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