L'ombre de Rousseau plane sur la crise politique italienne

L'ombre de Rousseau plane sur la crise politique italienne
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L’Italie devrait avoir un nouveau gouvernement cette semaine. Guiseppe Conte, le Premier ministre désigné, devrait boucler la formation de son équipe ce soir ou demain au plus tard.

Mais en réalité, c’est Jean-Jacques Rousseau qui a le sort de l’Italie entre ses mains. Mais qu’est-ce que ce grand philosophe du siècle des Lumières, a à voir là-dedans, me direz-vous ? C’est tout simple. Aujourd’hui, les militants du Mouvement 5 Etoiles doivent accepter ou rejeter l’accord de coalition négocié entre leur Mouvement et le Parti Démocrate. Et pour voter, ils doivent aller sur internet, sur une plateforme citoyenne appelée, je vous le donne en mille ? Rousseau, bien évidemment.

Un emprunt qui ne doit rien au hasard

Le Mouvement 5 étoiles est un parti antisystème, anti-élites. Or, en son temps, au 18e siècle donc, le philosophe Jean-Jacques Rousseau était lui aussi très sévère à l’égard des élites et de la démocratie représentative. Dans son œuvre majeure, le " Contrat social ", il écrivait notamment ceci à propos du système politique britannique : " Le peuple anglais pense être libre ; il se trompe fort, il ne l’est que durant l’élection des membres du Parlement ; sitôt qu’ils sont élus, il est esclave, il n’est rien ". Une citation qui prend une saveur toute particulière à l’heure où le Premier ministre britannique Boris Johnson a décidé de suspendre son Parlement. Mais ça, c’est une autre histoire.

Mais revenons à Jean-Jacques Rousseau. Pour redonner la souveraineté au peuple, lui, préférait la démocratie directe à la démocratie représentative. Et c’est exactement ce que le Mouvement 5 étoiles prétend faire avec sa plateforme digitale. Rousseau est présenté comme une communauté virtuelle. Elle a été imaginée par Gianroberto Casaleggio. Cet informaticien, mort en 2016, avait fondé le Mouvement 5 Etoiles avec l’humoriste Beppe Grillo.

" Rousseau " est un outil informatique multitâche destiné aux militants, aux élus, aux dirigeants du mouvement. Ils y partagent leurs idées, débattent de propositions de loi, parlent programme. Ils y désignent leurs candidats pour les élections. Par exemple, il y a trois ans, la maire de Rome, Virgina Raggi avait été sélectionnée par les militants. Avant de remporter le scrutin, elle était une illustre inconnue.

A entendre le Mouvement 5 Etoiles, sa plateforme est un outil de démocratie directe moderne, qui s’inscrit dans l’ère numérique et qui créé une communauté à l’échelle d’un pays grand comme l’Italie.

Outil efficace ou outil marketing

Son créateur, Gianroberto Casaleggio, avait un rêve : révolutionner la politique italienne. Idéalement, sa plateforme doit remplacer le système représentatif actuel. A l’heure qu’il est, on est loin du compte. Mais " Rousseau " est opérationnel. Je le disais, il permet au Mouvement de créer le débat en son sein ; il permet de sélectionner certains candidats (pas tous) aux élections.

Cela dit, cette plateforme est aussi très controversée. Beaucoup en Italie critiquent son manque de transparence. Elle compterait 100 mille inscrits. Un chiffre invérifiable. " Rousseau " n’est contrôlé par aucune instance indépendante. Et sa sécurité laisse à désirer. La plateforme a déjà été piratée par le passé.

Enfin, dernier problème, et pas des moindres, c’est la question de la représentativité de la plateforme. Aujourd’hui, on s’attend à ce que 50 mille militants, sur les 100 mille inscrits, donnent leur avis sur le futur gouvernement italien. On est loin, très loin, des 10 millions, presque 11 millions d’électeurs qui avaient voté pour le Mouvement 5 Etoiles lors des législatives en mars 2018.

Et si les militants "étoilés" disent non ?

Même en cas de "non", le Mouvement 5 Etoiles pourrait quand même monter dans un gouvernement avec le Parti Démocrate. Les dirigeants du mouvement pourraient ignorer le vote des militants. La démocratie directe ne ferait pas le poids face aux enjeux de la démocratie représentative. "Le mal l’emporte", écrivait déjà au 18e siècle Jean-Jacques Rousseau quand le peuple est dépouillé de sa souveraineté.

Mais aujourd’hui, pour le Mouvement 5 Etoiles, c’est peut-être un moindre mal. Car, l’extrême droite se tient en embuscade en Italie. Et en cas d’élections anticipées, le Mouvement aurait beaucoup à perdre face à la Lega de Matteo Salvini.

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