L'humanitaire devient une position politique suicidaire

Bertrand Henne
Bertrand Henne - © Tous droits réservés

Il n'y aura pas de centre d'accueil de transit pour les migrants du parc Maximilien. L’idée lancée par Rudi Vervoort, le ministre-président bruxellois, s’est rapidement vue rembarrée par le fédéral qui est compétent sur le sujet. Se montrer trop accueillant envers les migrants est devenu politiquement suicidaire aujourd’hui.

Reprenons. Rudi Vervoort, c’est donc l’homme qui, à Bruxelles, s’impose de plus en plus au PS. Après le retrait de Laurette Onkelinx et la démission d’Yvan Mayeur, il devient de plus en plus le vrai patron.

Il propose de créer une structure pour accueillir les migrants du parc Maximilien. Il s’agit de personnes qui, pour la plupart, ne demandent pas l’asile en Belgique, sans quoi elles bénéficieraient d’un accueil. Rudi Vervoort évoque donc la création d’une structure de transit, humanitaire. C’est une demande des ONG actives sur le terrain. Elles ont déjà créé un hub humanitaire, un lieu centralisé où les migrants peuvent trouver de l’aide médicale, juridique, des vêtements, de la nourriture. Mais ils ne peuvent pas y passer la nuit. Ce que proposait Rudi Vervoort c’était de passer à l’étape supérieure.

Theo Francken dézingue

Mais la compétence est fédérale. Il aurait donc fallu que la Région paie 500 000 euros de sa poche avant de se faire éventuellement rembourser. Et puis Theo Francken, le secrétaire d’État en charge de l'Asile et de la Migration, a immédiatement accusé Rudi Vervoort de vouloir créer un nouveau Calais à Bruxelles. Sur Facebook, il s'explique longuement. D’abord, il se jette des fleurs, il était en train de régler le problème, tout va beaucoup mieux. Il cite le bourgmestre de Bruxelles, Philippe Close, qui laisse la police faire son travail. Et puis, dit-il, Rudi Vervoort vient proposer de créer un nouveau Calais. Pour Theo Francken, cela signifie plus d’insécurité pour les camionneurs sur les parking de la E40. Ce qui semble pour lui le principal problème dans cette affaire. Il termine en invitant les partenaires flamands de la majorité régionale à dire s'ils soutiennent un nouveau Calais à Bruxelles ou non.

Rétropédalage rapide

Sans doute que l’appel de Theo Francken au CD&V, SPA et VLD a eu son petit effet. Rudi Vervoort a assez rapidement reconnu qu’il ne s’agissait là que d’une idée, et qu’elle ne serait pas mise en œuvre sans accord avec le fédéral, ce qui veut dire qu’elle est morte et enterrée. Une retraite stratégique qui n'a pas empêché l’opposition MR à la Région d’accuser le PS de vouloir créer un appel d’air conséquent et durable vers Bruxelles.

Cet épisode nous prouve ô combien la ligne de Theo Francken s’impose sans difficulté dans le débat public. Les positions plus “humanitaires” qu’on retrouve ça et là à gauche sont impitoyablement défaites en rase campagne. Il faut bien constater qu'aujourd'hui proposer un centre d'accueil de transit pour les migrants relève de l’inconscience politique. On en est là.
 

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