L'hésitation vaccinale des francophones, une aubaine pour les nationalistes flamands

La vaccination prend un tour communautaire après les déclarations du ministre-président flamand Jan Jambon laissant entendre que la Flandre devrait pouvoir déconfiner plus vite sa population qui bénéficie d’une meilleure couverture vaccinale.

De tant à autres les nationalistes flamands doivent rappeler ce qu’ils sont. La Flandre passe avant la Belgique, le Flamand avant le Belge. Jan Jambon évoque donc l’idée d’assouplissements différenciés si la couverture vaccinale devient plus grande entre Nord et Sud. Un autre membre de son gouvernement, qui n’est pas nationaliste flamand, mais qui bien sûr est flamand et bien sûr nationaliste même s’il est démocrate chrétien, Wouter Beke, CD&V ne dit pas autre chose : "La Flandre ne doit pas être la victime de la situation francophone. Le Flamand doit être récompensé".

Comme de bien entendu, ces déclarations suscitent une levée de boucliers côté francophone. On s’indigne de cette communautarisation de la vaccination alors que, c’est ballot quand même, la vaccination est précisément du ressort des Communautés.

Bref, vous avez une photographie de la Belgique. Un, des nationalistes flamands qui soulignent une différence avantageant la Flandre au détriment du sud du pays. Deux, des politiques flamands qui expliquent cette différence par des uniques ressorts "culturels", et attribuent ces avantages aux seuls mérites des Flamands suscitant un sentiment d’injustice. Trois, des francophones qui s’indignent au nom de la solidarité.

Depuis la fin des années 90, ce schéma est à l’œuvre, Flandre méritante, Wallonie "sac de Pierre", Bruxelles "boulet".

Un résumé de la Belgique

Un résumé de la Belgique, cette campagne de vaccination donc. Car la vaccination est communautaire, qu’on le veuille ou non. Elle l’est d’un point de vue institutionnel. Elle est du ressort des communautés, mais cette compétence est exercée par la Région wallonne en Wallonie et la Cocom (la commission communautaire commune) à Bruxelles.

Depuis le départ, les Régions ont plutôt bien collaboré. Mais il y a des divergences (sinon pourquoi exercer une compétence ?) : le choix de lieux de vaccination, le système de réservation BruVax propre à Bruxelles. Les différences existent aussi en termes de résultats, mais elles sont globalement contenues grâce sans doute à une forme de compétition entre les régions.


►►► Vaccination à Bruxelles : le grand écart communal


C’est surtout sur le public le plus à risque, les plus de 65 ans, que la Flandre performe mieux que Bruxelles et la Wallonie atteignant près de 93% de couverture. Alors que nous sommes aux alentours de 70%. Le problème c’est que cette divergence risque de s’accentuer. Car le défi n’est plus d’abord logistique aujourd’hui il est sans doute un peu "culturel" (la proximité avec la France), mais surtout "sociologique" (Bruxelles ville cosmopolite) et/ou "socio-économique" (les populations plus défavorisées sont plus difficiles à toucher). Pour ces trois raisons au moins, les sondages montrent que l’hésitation vaccinale est plus élevée dans le Sud que dans le Nord.

Pression du Nord

Si la politique vaccinale est différente, il n’est pas idiot sur le papier que les conséquences soient également différentes. Sortons du Covid un instant. Imaginons, que la vaccination contre la rougeole soit plus faible à Bruxelles qu’ailleurs. Il est logique d’imaginer que des règles spécifiques existent pour les seules crèches bruxelloises. Dans le même ordre d’idée, si la Flandre atteint l’immunité collective bien avant le Sud, la pression politique sera énorme pour obtenir des assouplissements.

Bien sûr le Covid n’est pas la rougeole. Seuls les épidémiologistes peuvent nous dire s’il y a un fondement à assouplir les restrictions sur une base régionale. Mais quoi qu’il en soit ça à un sens politique. Depuis le départ, le fédéral est omniprésent, les Régions rongent leurs freins. Au Nord, la N-VA est mal à l’aise et ne sait pas comment se positionner dans cette crise. La divergence vaccinale est une aubaine pour exister à nouveau. Laisser entendre au Flamand qu’il est plus performant, plus méritant que le francophone, laisser entendre que le Nord est injustement limité, freiné par le sud qualifié d’irresponsable, la N-VA et derrière le CD&V ne pourront sans doute pas y résister. On ne vaccinera pas les nationalistes contre leurs convictions.

 



 

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