L'Europe va-t-elle marcher sur la lune ?

L’Europe va-t-elle marcher sur la lune ?
L’Europe va-t-elle marcher sur la lune ? - © Tous droits réservés

Le moment "man on the moon". Comme les Etats Unis en 1969. C’est la comparaison qu’a utilisée Ursula von der Leyen, la nouvelle présidente de la commission pour présenter son Green Deal, un plan pour arriver à la neutralité carbone en 2050. C’est une feuille de route, très ambitieuse. Elle annonce une révolution profonde de la politique économique, industrielle, énergétique de l’Europe, une révolution profonde de notre manière de vivre sur le continent. Il reste un détail, mettre en œuvre le plan. C’est évidemment le plus compliqué.

C’est pour ça qu’Ursula von der Leyen estime qu’on est au moment "man on the moon”. Ce moment où Kennedy décide le 25 mai 1961 d’envoyer un homme sur la lune avant la fin de la décennie. A l’époque les Etats Unis sont dépassés par les Russes d’un point de vue technologique. En 1961 les Etats Unis n’avaient encore réussi aucun vol orbital.

Les leçons du programme Apollo

Les ressorts de la réussite du programme Apollo sont connus. Un investissement massif de l’Etat, une économie forte, des cerveaux bien formés (dont certains anciens Nazi comme Von Braun), la mobilisation de l’industrie privée. Il y a pour lier tous ces éléments ensemble l’utilisation d’un mythe mobilisateur. Celui en particulier du "mythe de la frontière" forgé lors de la conquête de l’Ouest. Autre mythe, le messianisme. Les Etats Unis se sentent dépositaire d’une obligation morale de patriotisme et de domination. Selon eux la domination américaine est bonne pour la liberté et bonne pour l’humanité. Enfin, s’ajoute la croyance dans les bienfaits du progrès scientifique.

En comparaison, les conditions de notre "moment homme sur la lune" sont bien différentes. Certes, nous avons les cerveaux, nous avons les compétences, nous avons l’industrie, nous avons la richesse. Mais notre économie stagne. Et surtout il nous manque la foi, la croyance dans le mythe, dans un grand récit mobilisateur. Un récit qui lie passé et avenir et donne le sentiment de partager une communauté de destin.

Irons-nous jamais sur la lune ?

Si on y réfléchit bien notre "moment homme sur la lune" s’avère bien plus compliqué que celui des Etats Unis en 61. Car l’Europe est beaucoup moins forte que les Etats Unis de l’époque. Elle est divisée à propos du climat, du rôle des nations, une bonne partie des Européens sont en colère contre leurs élites. Les institutions vivent un grave déficit démocratique. Sans utopie, le mythe fondateur européen de nations qui s’unissent dans la paix s’est évaporé.

Mais nous n’avons pas que des raisons de désespérer. En 1961 Kennedy fait un pari. Ce pari c’est que le programme Apollo constitue un récit autoréalisateur. Apollo doit relancer la recherche scientifique, relancer l’économie. Apollo doit renouveler la croyance dans le progrès, renforcer le sentiment patriotique. Apollo doit faire vivre le mythe. En fait Apollo et la Lune ont construit le mythe. Dans son célèbre discours "We Choose to go to the moon" Kennedy explique :

Nous avons choisi d’y aller parce que c’est difficile et parce que ce but va permettre d’organiser nos énergies et nos connaissances…

Le pari de Kennedy ce n’est pas la lune, c’est le symbole, c’est le mythe. Or, en Europe nous nous méfions légitimement des grands récits, du nationalisme et des idéologies. Notre histoire nous a conduits à nous montrer humble et critique, à déconstruire nos croyances collectives. Ce travail est indispensable. Mais aujourd’hui, nous sentons bien qu’il est extrêmement compliqué de vivre dans un groupe humain, sans un récit commun. C’est peut-être, au fond, la raison principale de croire dans ce Green Deal. Il ne sauvera peut-être pas la planète du réchauffement, mais il peut peut-être reconstruire un mythe européen. Nous faire participer à un nouveau récit, construire un mythe raisonnable. Le Green Deal peut relancer une économie plus respectueuse des hommes et de la nature. Il peut nous forcer à plus de démocratie. Peut-être que ce green deal peut participer à la création d’un "nous". Un "nous" européen, un "nous" qui reprend confiance et croit qu’il y a un avenir.

Etre les premiers

Autre moteur du moment sur la Lune, la guerre froide, la course avec l’URSS. Le devoir moral de dominer le monde pour contrer le communisme. Le "moment homme sur la lune" de 61 c’est aussi l’ambition d’être devant les Soviétiques, d’être les premiers. En 1961, toujours dans son célèbre discours Kennedy argumente :

Nous avons juré de ne pas conquérir l’espace avec des armes de destruction massive, mais avec la connaissance et les savoirs. Pourtant les vœux des USA ne pourront être exaucés que si nous sommes les premiers. Et nous avons l’intention d’être les premiers.

L’Europe n’a plus, et heureusement, cet esprit de conquête, de prestige et de domination. Mais nous pouvons décider d’être les premiers. D’être les plus avancés en matière de transition vers une économie bas carbone. Notre "moment homme sur la lune" à nous, c’est aussi ce moment ou nous décidons résolument d’être les premiers et peut-être demain un exemple pour le monde. Ursula von der Leyen, n'est pas Kennedy. Elle ne décidera pas seule. Le moment "man on the moon" n' est encore qu'un espoir ténu. 





 

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