L'embarras de la BBC face à l'hymne des anti-Thatcher

Alain Gerlache
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Alain Gerlache - © RTBF

C’est ce mercredi qu’auront lieu les funérailles de Margaret Thatcher à Londres. Son décès n’a pas mis fin aux polémiques qu’elle suscitait lorsqu’elle était à la tête du gouvernement britannique.

Déjà de son vivant, la contestation s’est souvent exprimée sur la scène musicale. Pas étonnant dans le pays qui tout inventé – ou presque - dans la musique populaire ou presque depuis 50 ans. Et la période où elle était Première ministre a été particulièrement inspirante pour de nombreux groupes souvent issus de la classe ouvrière.

Pourtant, c’est avec une chanson bien plus ancienne que les opposants les plus farouches à la Dame de Fer ont accueilli son décès. Elle est extraite du film The Magicien d’Oz qui date de 1939 et ce n’est pas vraiment du post-punk. L’explication de ce choix se trouve dans le titre : "Ding Dong The Witch Is Dead", la sorcière est morte. Une joyeuse farandole colorée dans ce film culte. Aujourd’hui, c’est sur les réseaux sociaux que les anti-Thatcher ont mené campagne pour en faire leur cri de ralliement. Une opération qui avait déjà été décidée dès 2007, dans l’attente du jour fatidique.

Et ça a marché. D’autant qu’à l’heure de la musique dématérialisée, pas besoin qu’une chanson soit massivement disponible sur CD pour qu’on y ait accès. Ce sont les sites de téléchargement et de streaming qui ont été pris d’assaut. Résultat: elle s’est retrouvée propulsée dans les hit-parades britanniques qui aujourd’hui prennent en compte toutes les plateformes. "The Witch Is Dead" s’est finalement le Top 3 des charts de la semaine écoulée. Pas mal pour un morceau vieux de 74 ans…

Mais un gros embarras est né pour les radios qui diffusent ces listes. Et surtout pour la BBC, radio publique qui diffuse la liste chaque dimanche. Que fallait-il faire ? Le directeur de la chaine BBC1 s’est dit "coincé entre le marteau et l’enclume. D’un côté, ce n’est pas une chanson politique : c’est une attaque personnelle envers une personne qui vient de décéder. Mais d’un autre côté, si j’interdis la chanson, la question de la censure et de liberté d’expression sera posée".

D’où ce compromis : la chanson n’a pas été programmée dans son intégralité, seul un extrait de quelques secondes a été diffusé avec une explication journalistique de la situation. Un beau cas d’école qui a suscité des réactions en sens divers. Il s’est même trouvé un député conservateur pour estimer que la chanson aurait dû être diffusée entièrement en hommage à la liberté d’expression tant vantée par madame Thatcher dans les pays communistes à l’époque…

#médiaTIC @AlainGerlache

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