L'autre côté de la mer

Chacun avait son avis et tous leur opinion. C’est comme ça, souvent, après les élections.

Mais bon hier, tout de même, ça a un peu dérapé, à Matongé. Les poubelles, les voitures et même les cinémas ont trinqué. C’est bizarre tout de même,cette question des cinémas : c’est l’Arenberg qui ferme ses portes mais ce sont celles du Vendôme qui sont brisées. Comme quoi la faculté de discernement n’est rien à côté de celle de l’anticipation…

Appelons donc à un peu de tempérance, en ce jour où les résultats effectifs des élections congolaises devraient être connus, sachant que nous autres, de l’autre côté de la mer, nous avons patienté longtemps après des élections qu’il ne fallait pas gagner pour avoir un gouvernement qui n’est pas gagné. Et la rue, durant ce temps, n’a pas marché, à peine un peu défilé, et même les manifestations, enfin presque toutes, sont devenues virtuelles.

Peut-être y-a-t-il d’ailleurs de bonnes raisons à cela. Lorsque l’on donne ici la parole aux citoyens, par des sondages ou de grands rassemblements délibératifs, l’on s’aperçoit que, finalement, la population est, comme on le lisait dans le Soir aujourd’hui, "assez en phase avec les décideurs".

Et que l’opinion publique, après tout, n’aurait sans doute pas décidé, même après tout ce temps, d’un autre gouvernement que celui qui tout à l’heure prêta serment. Ni, tout compte fait, d’un autre programme ni d’autres mesures.

C’est assez étonnant quand on nous dit partout qu’un autre monde est possible, certes, mais qu’il est aussi nécessaire. Ouvrez n’importe quel essai, aujourd’hui, vous n’en trouverez aucun qui dise : "Très bien, il faut continuer comme cela, surtout ne rien changer". Ecoutez n’importe quel commentateur, ou bien des chroniqueurs, ou même allez savoir, des analystes ou des retraités de la vie publique, des artistes aussi —allons-y— : chacun appelle à l’audace et à la témérité pour conjurer les périls financiers, sociaux, alimentaires, énergétiques ou climatiques qui marchent avec nous à la conquête de l’avenir… On dirait bien cependant que ces voix-là pèsent peu devant les austérités, les dégradations ou les déperditions auxquelles nous nous rallions.

A quoi l’on voit que le fossé entre la population et les intellectuels ou les chercheurs est bien plus profond, finalement, que la tranchée qui est censée séparer les citoyens du monde politique et économique. De sorte que l’on se demande aussi quel est le dialogue le plus urgent à restaurer. Allons, restaurons, restaurons, il en sortira peut-être quelque chose… Allez belle soirée et puis aussi bonne chance.

 

Paul Hermant

 

 

 

 

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