L'affaire Salima Bellabas : la règle de trois pour comprendre

L'affaire Salima Bellabas : la règle de trois pour comprendre
L'affaire Salima Bellabas : la règle de trois pour comprendre - © Tous droits réservés

Retour sur les insultes racistes qui ont visé la journaliste de RTL, Salima Belabbas, après avoir fait ses premiers pas à la présentation du journal télévisé la semaine dernière pour l’édition de 13h00. Analyse sous forme de règle de trois; trois mots clés.

Transgression

 

Emilie Tran Nguyen, présentatrice de France 3 est apparue sur le plateau avec une légère robe estivale, mais le décolleté était trop plongeant et laissait apparaître son soutien gorge noir

 

Une femme, au commande du JT suscite d’emblée de multiples commentaires bien différents de ceux qui visent les hommes en général. Souvent, les présentatrices sont critiquées pour leur apparence. Et cela peut venir de la profession même. Exemple :  la présentatrice du 12/13 de France 3, Emilie Tran Nguyen, victime de commentaires sexistes de la part de plusieurs médias. Elle portait une tenue jugée trop légère. Téléstar écrivait en 2016: "La jeune femme de 31 ans est apparue sur le plateau avec une légère robe estivale, mais le décolleté était trop plongeant et laissait apparaître son soutien gorge noir". Autre exemple: désolé de voir à quel point ses collègues féminines étaient victimes de commentaires agaçants, un animateur vedette de la télé australienne, Karl Stefanovic, a fait un test : pendant un an, il a porté le même habit bleu. Et c'est passé totalement inaperçu. Cela démontre, même si les choses évoluent qu’occuper la place de la femme tronc, est encore une forme de transgression. Les femmes sont plus vite critiquées, c’est ce qu’on appelle le double standard. Mais cette transgression est plus violente encore dans le cas de Salima Bellabas, qui a présenté un JT.

Intersectionnalité

Ce que la journaliste de RTL a vécu porte un nom, c’est le croisement entre sexisme et racisme. Les insultes la visent, elle, femme d’origine maghrébine. C’est ce qu’on appelle une violence intersectionnelle, cette professionnelle n’est pas visée comme femme, ni comme maghrébine mais bien en tant que femme maghrébine. C’est à cela que doit servir l’intersectionnalité : révéler la spécificité de situations souvent invisibilisées. L’invisibilité des minorités, couplée à la banalisation des discours racistes, a montré ses effets dévastateurs dans le cas de Salima, mais la médiatisation de cette triste histoire ne doit pas occulter que ce n’est pas du tout un fait exceptionnel. D’ailleurs, parmi les cas d’islamophobie relevé par le Collectif contre l'islamophobie en Belgique (CCIB) la majorité des victimes sont des femmes.

L’impact

 

Les chercheur-euse-s américain-e-s iront jusqu’à dire que les personnes racisées peuvent se trouver dans une impossibilité de projection dans le futur car elles sont constamment dans la survie et l’instant présent. (Be Pax)

 

Il y a peu d’études chez nous sur le sujet mais aux États-unis, elles sont légion, sur l’impact psychologique et physique du racisme, selon Be Pax. RTL a fait le choix de ne pas porter plainte mais de s’inscrire dans les chantiers déjà existants en matière de diversité, dans l’audiovisuel. Si le secteur veut agir efficacement, il doit prendre en considération cet impact. Ces agressions génèrent un stress constant. Les personnes vivant des discriminations vont être constamment vigilantes et stressées car elles gardent en tête l’idée de subir une agression ou micro-agression. D’où l’importance de manifester un soutien total à la victime et de ne pas minorer son vécu.

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Stéréotypes

Enfin, la règle de trois, nous conduit au dernier terme, la révélation : les stéréotypes et leur prévalence. La femme perçue comme étrangère, quand elle est au bas de l’échelle sociale, ça ne gêne pas grand monde… parce que là, elle est conforme aux attentes, à sa place. Autre stéréotype : la figure raciste en Belgique serait plutôt flamande.  L’affaire Bellabas démontre encore une fois le contraire. Si les stéréotypes se construisent socialement, ils peuvent donc se déconstruire, en montrant tout type de femme dans des rôles modèles. Ces femmes sont partout dans la société, dans les institutions, en politique, moins dans la sphère médiatique comme le démontre encore le dernier baromètre diversité de l’AJP (association des journalistes professionnels), pourtant cet espace est un des principaux acteurs de la construction des imaginaires.

@safiakessas

 

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