Kendrick Lamar, Ghetto Superstar

To Pimp a Butterfly, petit bijou de Kendrick Lamar
To Pimp a Butterfly, petit bijou de Kendrick Lamar - © Tous droits réservés

Une semaine marquée par le retour du rappeur californien avec un album immense, par des sorties en rock belge dans tous les sens et par des concerts géniaux tous les soirs.

On l'attendait pour le 23 mars, Kendrick Lamar a cependant un peu anticipé la sortie de son nouvel album (étrangement) intitulé To Pimp a Butterfly, l'un des plus attendus de l'année par les spécialistes et par la cohorte de fans qu'il a brassée depuis son premier opus Good Kid, M.A.A.D City. Un titre explicite pour celui qui, originaire de Compton, petite bourgade dans la banlieue de Los Angeles réputée pour la violence de ses gangs, a du grandir en évitant de mal tourner (complètement) tout en se faisant respecter par les gens de son crew.

Car Kendrick lamar n'a pas forcément le physique de l'emploi du gangsta rapper. D'assez petite taille, épais comme un ticket SNCF, visage de poupon, voix nasillarde, pas vraiment de quoi effrayer les foules et jouer les caïds. Pourtant, à 25 ans à peine, il s'est fait un nom dans le rap West Coast et a surtout construit sa réputation avec des titres comme Swimming Pools ou le plus explicite Bitch Don't Kill My Vibe.  

Une manière de dompter les fauves hardcore en douceur, via des samples ingénieux et un flow lent caractéristique qui a rapidement fait effet. Très attendu au tournant pour l'album suivant, Lamar voulait taper un grand coup, élever son niveau de jeu et passer un palier. C'est peu de dire que les 16 titres de To Pimp a Butterfly lui permettent de franchir ce cap du redouté deuxième album avec brio.

Sombre, référencé, intelligent, ingénieux petit bijou de production, empli de featurings sensés (de George Clinton à Sufjan Stevens) et d'une densité rare dont on ne sort pas indemne, certainement à la première écoute. Les suivantes nous font à chaque fois découvrir 1001 autres nuances que l'on avait même pas décelées. C'est aussi une œuvre très engagée, presque dans la revendication poing ganté et levé d'une cause politique black. The Blacker, The Berry, Hood Politics ou King Kunta, dernier titre en date sont autant de pamphlets presque prophétiques.  

Il y a certes des passages plus positifs et funky comme le single I mais l'ambiance globale de l'opus est assez sombre. Dès l'entrée d'ailleurs avec Wesley's Theory ou plus loin avec des gémissements plaintifs et un piano torturé sur These Walls. Mais, ce qui lui apporte une réelle dimension, c'est la fusion de son hip-hop naturel avec le jazz, omniprésent personnage en soi qui permet, via les multiples instruments usités, de frapper nos oreilles de joie. For Free-Interlude, Alright, Momma et surtout l'immense How Much a Dollar Cost, climax et brillant chef d'œuvre au-dessus d'une mêlée déjà de haut vol.

Les 12 minutes du Mortal Man final peuvent elles-aussi devenir mythique, à l'image du kid de Compton, gamin issu des quartiers sensibles, mais qui élève avec une classe folle ses punchlines au rang d'art majeur. Ghetto Superstar. That is what you are. Respect et décompte des secondes avant de le voir cet été aux Ardentes qui ont réussi un immense coup en l'ayant à l'affiche.

 

2) MODEST MOUSE (Etats-Unis)

Il aura donc fallu attendre 8 longues années sans un album de la bande à Isaac Brock, charismatique mais torturé frontman des Américains de Modest Mouse. Enregistré à Portland, le successeur de We Were Dead Before The Ship Even Sank est à l'image même du groupe : chargé, pluriel et déstructuré. Du coup, à plusieurs reprises (Lampshades on Fire, Wicked Campaign, Be Brave, The Best Room), on pense à l'éclectisme d'Arcade Fire.

L'énergie est également, comme chez les Canadiens, assez changeante (cela peut s'expliquer par le nombre de personnes qui ont successivement collaboré à l'opus...), passant de la douceur de Strangers to Ourselves ou Coyotes à des morceaux hybrides comme Pistol (presque du rap...) ou Ansel et The Ground Walks, With Time in a Box où la guitare se fait insouciante et lumineuse.

Ça part dans tous les sens, mais à peu près tout est intéressant.     

 

3) BONY KING (Belgique)

Autre album qui sort aujourd'hui, celui de Bram Van Parys alias Bony King (qui a désormais comme il s'en explique dans l'interview qu'il nous a accordée ôté la particule "Of Nowhere") intitulé Wild Flowers. Le Gantois à qui l'on doit la sublime B.O. du film Les Géants signe ainsi son 4ème effort studio et celui-ci reste dans la veine folk et blues par laquelle il s'est fait connaître.

Une nouvelle plongée dans un univers résolument tourné vers l'Amérique avec des pointes presque country nommées Sad Rosanne et Wandering Light où une superbe voix féminine lui donne le change. Mais le bonhomme n'est jamais aussi fort que quand il nous conte des ballades de la force de sa guitare sèche comme River Child ou le superbe Got to Let you Know final.  

Le 9 avril à l'AB et le 6 mai au Reflektor à Liège.

 

4) PAON (Belgique)

On a quasi vu le projet naître, on en a suivi les différentes étapes, les concerts, les nouveaux morceaux, les projets parallèles des différents membres et du coup, on est tout heureux de chroniquer le premier album (éponyme) de Paon, drôle d'oiseau dont les plumes se sont progressivement colorées de mille nuances. Èchappés de leur cage nommée Tellers et Lucy Lucy, 3 des membres ont croisé la route d'un batteur aussi foufou que débordant de talent nommé Léo Campbell.

Tous multi-instrumentistes, ils ont cherché des mois durant et des concerts faisant, à définir leur son. Un son que l'on qualifiera de dandy garage, mixant le double chant d'Aurelio Mattern et de Ben Baillieux-Beynon aux mélodies façonnées par les cordes de Jeremy Mulders. Un son hybride et plusieurs tubes nommés Teevee, Shine Over Me et Keep on Burning entourées par le très MGMT Plastic Flower et le très solaire Make It Last.

Un album qu'ils ont pour la première fois présenté cette semaine à l'AB Club et qu'ils défendront encore dans les différentes villes wallonnes et lors des Nuits Bota. 

 

5) HANNI EL KHATIB (Etats-Unis)

La semaine aura donc été marquée en concerts. Avec lundi, la venue de José Gonzalez au Cirque Royal avant, dans la même salle mardi, le retour en Belgique de Christine and The Queens. Parallèlement, au Botanique, se produisait l'Américain d'origine palestinienne Hanni El Khatib, monstre de charisme et dont la musique rock&rollement électrique et sexuelle provoque chez les jeunes femmes des envies torrides (une d'elles est ainsi montée sur scène pour embrasser le batteur...). Il venait défendre son album intitulé Moonlight sorti fin janvier et dont le morceau du même nom est accompagné d'un clip tout aussi intense. 

 

6) MINI MANSIONS (Etats-Unis)

Mercredi, parallèlement à Paon (où le groupe Fabiola assurait la 1ère partie) au Club, l'Ancienne Belgique accueillait elle les Anglais de Royal Blood pour une prestation aussi bruyante que courte (une petite heure à peine dans une salle qu'on a rarement connue aussi bondée et électrique...). La partie de chauffe était quant à elle assurée par Mini Mansions, formation californienne en trio qui vient de sortir il y a quelques jours à peine l'opus de rock rétro et BeachBoysien The Great Pretenders sur lequel on trouve Death Is a Girl.

 

7) TOBIAS JESSO JR (Canada)

Autre album de la semaine, celui du jeune Canadien Tobias Jesso JR nommé Goon fruit de ses réflections à la suite d'une rupture difficile à digérer et une mauvaise passe marquée par la guigne. Mais il va se construire en opposition et s’inspirer de cette période noire pour l'écriture de ses titres. Cela donne du coup un album au ton certes triste mais d'une incroyable beauté fait de mélodies mélancoliques à la Nick Drake et de douceur communicative avec des titres touchants comme Hollywood, True Love, Just a Dream et le single imparable How Could you babe.

 

8) LE NOISEUR (France)

Enfant caché d'une communauté secrète des écorchés vifs comprenant Daniel Darc, Gainsbourg et Miossec, Le Noiseur, de son vrai nom Simon Campocasso (des faux airs de Gesaffelstein pour la beaugossitude) vient de sortir un album en noir et blanc dont le titre Du Bout des Lèvres est en soi déjà tout un programme.

Un phrasé et une nonchalance dans la veine des Benjamin Biolay et Vincent Delerm et déjà quelques titres très accrocheurs comme 24x36, Du Bout des Lèvres et Sexual Tourism magnifiquement remixé par David Shaw and the Beat.   

Noiseur = Noirceur. Pas grave, le noir lui va si bien.  

 

9) DJANGO DJANGO (Angleterre)

On termine par 2 singles sortis dans la semaine. Le premier nous vient des Ecossais de Django Django, s'intitule Reflections, sonne comme du Depeche Mode et préfigure leur second album, Born Under Saturn qui verra le jour le 4 mai.

 

10) THE SCRAP DEALERS (Belgique)

Et on termine par du rock belgo-belge décidément bien à la fête avec notre coup de coeur de la semaine qui a pris les traits du morceau No Sense in Your Eyes en provenance du groupe liégeois The Scrap Dealers. Le quintet a sorti fin d'année passée un EP éponyme qui brasse rock garage, shoegaze et doux psychédélisme. Le clip est particulièrement réussi et la chanson a surtout tourné en boucle dans notre tête toute la semaine en faisant danser la polka à nos neurones. Jouissif.  

De passage au Trix le 16 avril.  

 

Un concert tous les jours, chroniqueur en forme toujours !

Belle semaine musicale à vous.

David Salomonowicz

 

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