Jurgen Conings : vers une grande "purge" dans l'armée ?

La traque de Jürgen Conings met sous pression l’armée et le gouvernement fédéral. La ministre de la Défense, la socialiste Ludivine Dedonder, est sous le feu croisé des critiques, de la N-VA et du MR.

La question du "Qui"

À l’assaut ce matin dans la Libre, le député MR, Denis Ducarme, qui évoque je cite “l’affaire Conings/Dedonder”. Il juge qu’on est face à une affaire d’État et demande une commission d’enquête pour comprendre comment une personne radicalisée a pu avoir accès à des armes. Et ce qu’il appelle l’affaire “Conings/Dedonder”, devrait selon lui, conduire à la démission de la ministre socialiste. C’est dit assez clairement : "au temps de Dehaene, Martens et Verhofstadt, le ministre en place aurait dû démissionner.”

Rappelons donc, s’il le fallait encore, que ce n’est pas l’opposition qui parle, c’est bien un député du MR, partenaire du PS au sein du gouvernement fédéral. On l’a compris, le MR compte faire le maximum pour qu’il y ait des conséquences politiques de cette affaire et pour freiner, voire stopper la carrière naissante de Ludivine Dedonder que Paul Magnette voit bien s’installer durablement dans l’ouest du Hainaut.

La N-VA, plus grand parti flamand n’est pas en reste. Les nationalistes pointent eux aussi depuis plusieurs jours la responsabilité de la ministre Ludivine Dedonder. En réponse elle a d’ailleurs accusé ces derniers jours la N-VA d’être à l’origine du problème. La N-VA qui a eu le portefeuille de la défense dans le précédent gouvernement, avant de démissionner et que le MR récupère le poste. Il y a donc un débat sur la responsabilité politique. Qui savait ? Qui a fait ou n’a pas fait quoi pour prévenir le risque de radicalisation terroriste d’extrême droite dans l’armée ?

La question du "Quoi" ?

Mais au-delà de la question de la responsabilité fonctionnelle, du "qui" est responsable, le débat politique va rapidement se tendre autour du "quoi". Qu’est-ce qu’une personne d’extrême droite ? Quelles sont les opinions, les prises de position qui doivent conduire à écarter un militaire de l’accès aux armes, c’est-à-dire au cœur du travail du militaire ? La ministre Dedonder a annoncé que la hiérarchie militaire avait préventivement écarté 11 militaires de l’accès aux armes, l’un d'entre eux a même été rapatrié dare-dare du Mali.

Plusieurs de ces militaires se sont déjà tournés vers leur syndicat et vers certains députés pour dénoncer un délit d’opinion. Theo Francken, de la N-VA, l’évoque ce matin dans Het Laatste Nieuws. Il dit avoir été contacté par un militaire récemment écarté qui lui a raconté son histoire. Et le député N-VA ne voit pas bien pourquoi il a été écarté. Il dit “J’espère que l’intention n’est pas de lancer une chasse aux sorcières contre quiconque a l’esprit flamand ou qui critique l’approche de la crise corona”. Une chasse aux sorcières, c’est aussi le message dominant du principal groupe de soutien à Jürgen Conings sur Facebook. Les 45 000 membres considèrent que Jürgen Conings est une "victime du système".

La question va donc rapidement tourner autour de la définition de la “radicalité” dans l’armée. Denis Ducarme évoque la radicalisation liée à l’islamisme, et de l’extrême droite à l’extrême gauche. Lorsqu’il y a je le cite “manifestation ostentatoire” des opinions, la hiérarchie militaire doit analyser la possibilité d’exclure des membres de l’armée. Ludivine Dedonder évoquait sur cette antenne, le fascisme, le racisme, le sexisme. Il y aura donc un débat sur ces critères, un débat politique, gauche-droite, et sans doute aussi communautaire. Un débat hautement sensible avec les nationalistes flamands qui sont déjà prêts à dénoncer une “chasse aux sorcières” au sein de l’armée belge. Le sociologue flamand Mark Elchardus évoque carrément le risque de "purge" au sein de l’armée.

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