Jozef Chovanec, étouffé par le poids de la légèreté

L’affaire Chovanec, va-t-elle faire tomber l’homme fort de la N-VA, Jan Jambon, le ministre-président flamand, ancien ministre de l’intérieur ?

Oui et comme Theo Franken à propos du trafic de visa humanitaire dans son cabinet, Jan Jambon n’aura plus à se poser la question de la démission puisque la N-VA a déjà démissionné sur le pacte de Marrakech, et que depuis lors il y a eu des élections. Mais ce qui se joue politiquement dans cette affaire c’est la réputation de Jan Jambon et de la N-VA.

Mensonge ?

Le problème pour Jan Jambon, ce n’est plus sa responsabilité fonctionnelle de ministre de l’Intérieur à l’époque. Le problème pour lui c’est sa réputation et son image, ainsi que celle de son parti. Et son image elle pourrait être écornée s’il s’avère qu’il a menti. La semaine passée il disait que jamais il n’avait été mis au courant de cette affaire. "Jamais, pas un seul mot", c’est ce qu’il avait dit à VTM. Or, Pieter de Crem, l’actuel ministre de l’intérieur, CD&V, a dévoilé hier que le cabinet de Jan Jambon a été au courant, par deux fois.

Voilà qui vient faire de Jan Jambon un menteur. Alors dans la soirée, il a réagi : "Le dossier a effectivement été traité par mon cabinet, mais je maintiens que je ne me souviens de rien du drame". Jan Jambon préfère se présenter comme amnésique comme qu’un menteur. L’amnésie pourrait l’exonérer d’une faute politique, mais pas de l’accusation d’incompétence.

Le discours de Jan Jambon a donc évolué. Il reconnaît aujourd’hui que son cabinet était au courant. Il convient de savoir qui savait quoi dans son cabinet. Il est en effet possible que ce cas ne soit pas remonté jusqu’à lui. Il convient aussi de faire la clarté sur ce que savaient ses collaborateurs. Quels détails la hiérarchie de la police a telle transmis au cabinet ? Le salut nazi, les rires, les comportements indignes figuraient-ils dans les rapports ?

Responsabilité

Quoi qu’il arrive, une part de sa responsabilité est engagée. Car quoi qu’il arrive, l’affaire Chovanec révèle un problème majeur. Ce problème c’est celui de la légèreté. Jozef Schovanec est mort sous le poids d’un policier, mais il est mort aussi de la légèreté des autres qui riaient, ou faisaient le salut nazi pendant qu’il étouffait. Il est mort d’un manque de gravité quant à la valeur d’une vie humaine.

Cette légèreté ne peut être imputée aux seuls exécutants. Mourir étouffé par un policier, c’est aussi mourir de la légèreté de l’Etat. Et le ministre incarne l’Etat.

En Belgique on en sait quelque chose. En 1998, après l’étouffement de Sémira Adamu lors de son expulsion, l’indignation ne s’était pas tellement portée sur le comportement individuel des exécutants. La hiérarchie de la gendarmerie qui a tenté de couvrir l’affaire (un vieux réflexe), les consignes ministérielles autorisant les techniques d’étouffement ont conduit à la démission quasiment immédiate du ministre de l’Intérieur de l’époque Louis Tobback. Car l’évidence il y a 22 ans, c’était que l’Etat et son monopole de la violence légitime, avaient failli.

22 ans plus tard la Belgique a bien changé. L’indignation a changé de camp. L’émotion suscitée par une bagarre de parasols à la côte paraît plus intense que celle suscitée par la mort d’un homme victime d’un abus manifeste de droit.

Jozef Chovanec est mort de la légèreté des policiers qui riaient ou faisaient le salut nazi. Il est mort d’une hiérarchie qui a donné une formation trop légère à ses jeunes recrues. La même hiérarchie qui a sanctionné trop légèrement les auteurs, qui a été très légèrement transparente. Il est mort parce que l’utilisation de la violence par l’Etat a écrasé le principe élémentaire de respect de la personne. Pour éviter cette dérive naturelle de l’Etat dans l’usage de la violence, les recettes sont connues. Il faut installer des contre-pouvoirs au sein de la police, des consignes claires, un cadre disciplinaire exemplaire, une hiérarchie et un ministre qui impose et fait respecter l’équilibre entre le maintien de l’ordre et le respect des personnes.

Jan Jambon ne se souvient peut-être de rien. Et il n’y a pas de raison à ce stade de ne pas le croire. Parmi les milliers de dossiers qui arrivaient à son cabinet, il est bien possible que le cas Chovanec soit resté en dessous de la pile de dossier sur son bureau. Or, c’est là que réside sans doute tout le problème. Pourquoi le dossier de Josef Chovanec est-il resté écrasé sous une pile d’autres dossiers jugés plus prioritaire par le cabinet du ministre ? Pourquoi la mort d’un homme n’a pas été jugée comme importante ? L’information manquait ? Oui mais alors pourquoi la hiérarchie de la police a-t-elle minimisé le problème ?

Oui, Jan Jambon devra bien répondre à cette question : Comment et pourquoi une telle légèreté a-t-elle pu s’installer dans les services dont j’avais la charge ?

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK