Joke Schauvliege, la martyre du climat

Joke Schauvliege, la martyre du climat
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Pour résumer la situation au CD&V, il faut réécouter la messe en si mineur de Bach. Le premier mouvement, le Kyrie eleison. Dans la liturgie catholique, Kyrie eleison se traduit par "seigneur prend pitié". C’est en effet ce que fait le CD&V ce matin. Implorer la pitié avec les larmes de Joke Schauvliege, ex-ministre de l'Environnement. Au delà de la bourde d’une personne, c’est l’image du parti qui est touchée. Le président Wouter Beke a lentement tenté de construire un parti anti-N-VA, un parti de synthèse, de gens raisonnables. Wouter Beke a plusieurs fois sous entendu que Theo Francken devait partir parce qu’il n’était plus crédible, lui qui a maintes fois attaqué la N-VA sur la légèreté de sa communication, sur son manque de décence en politique, le voilà décrédibilisé. Ses adversaires n’en demandaient pas tant.

Un CD&V dépassé…

Le CD&V est dépassé par l’ampleur de la mobilisation. Alors que Groen a une position claire “en faire le plus possible”, alors que la N-VA a une position claire “l’écoréalisme” c’est à dire en faire le moins possible, le CD&V se cherche sans vraiment se trouver. Comme souvent au CD&V, la ligne a été définie par une savante synthèse de ce qui reste des Standen, des piliers. En l'occurrence, le pilier du Boerenbond a pris une place prépondérante sur les thèmes environnementaux. C’est devant les fermiers flamands, pour leur faire plaisir, que Joke Schauvliege a lâché sa théorie du complot sur les manifestations climat. L'éditorialiste du Standaard lâche ce matin que le pire c'est qu'elle a dit "nous", "nous" à la tribune du Boerenbond. "Nous" contre "eux", à savoir les manifestants du climat. Autrement dit, elle est devenue une partie du problème plutôt qu'une partie de la solution.

Mais le problème est plus profond que Joke Schauvliege. Le débat climat est aujourd'hui de plus en plus polarisé. Il y a ceux qui prônent la rupture (on retrouve là dedans des grands patrons flamands comme Thomas Leysen ou Jeff Colruyt qui s'expriment à titre individuel) et il y a ceux qui veulent les petits pas (où l'on retrouve d'autres grands patrons d'ailleurs comme ceux de la FEB ou du Boerenbond). Avec Joke Schauvliege, le CD&V n'arrivait plus à faire la synthèse. Mais au fond, une synthèse est-elle encore possible ou faut-il choisir un camp? 

Un effet martyre? 

Pour rebondir, le CD&V pourrait se laisser inspirer par un autre Bach. Johann Christian Bach (son onzième et dernier fils) et par le Lacrimosa de son requiem. Peut-être que les larmes de Joke Schauvliege peuvent sauver le CD&V. Hier, elle s'est posée en victime, victime d'une forme de campagne de harcèlement téléphonique ou par courrier qui a été lancée par des activistes du mouvement climatique pour "réveiller les ministres du climat". Sauf qu'elle explique ne plus dormir, ne plus avoir de vie de famille. Ses larmes hier n'étaient pas feintes. Ça pourrait lui attirer de la sympathie. Mais (c'est le cas de le dire) c'est un lot de consolation car le CD&V s'est mis une génération à dos. Et "comme dit si bien Verlaine au vent mauvais, les larmes n'y pourront rien changer" (Gainsbourg).


 

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