Je dirais même plus...

Je dirais même plus...
Je dirais même plus... - © Tous droits réservés

Figurez-vous que des chercheurs allemands ont cherché à savoir pourquoi les Dupon(d)t, chez Tintin, que ce soit dans le désert ou bien sur la lune, finissaient toujours par revenir sur leurs pas quand ils se perdaient. Vous voyez bien sûr de quoi je parle...

Voilà, me direz-vous, un sujet de première importance. Je vous réponds : en effet, c’en est un, vous l’allez voir tout à l’heure. Et donc, ces scientifiques allemands ont envoyé des humains se promener sur des terres inconnues, une grande forêt pleine d’arbres et un désert rempli de sable avec pour mission de marcher droit et de ne voir qu’une tête. Hé bien, la capacité de l’être humain à mettre un pas devant l’autre et à recommencer se vérifie parfaitement tant que le soleil luit. En revanche, s’il est caché par des nuages ou quand il se couche, c’est tout autre chose. Sur le six marcheurs en forêt, trois sont revenus sur leurs pas, tandis que les autres effectuaient des tours et détours. Quand à l’homme envoyé dans le désert qui fila droit toute la journée, il effectua la nuit venue ce que l’article où j’ai lu la description cette expérience appelle " un magnifique et inconscient demi-tour ".

Evidemment, les chercheurs n’en sont pas resté là. Ils ont voulu aussi se rendre certains que ce comportement n’était pas dû à une quelconque asymétrie corporelle : que l’on soit par exemple gaucher ou droitier, que l’on ait une jambe plus courte ou plus forte que l’autre. Que nenni. Même conditions d'expérience, mêmes résultats…

Conclusion ? Ces scientifiques allemands se demandent si le fait que nous tournions en rond dans la nuit et que nous soyons consumés par le feu, pardon, que nous revenions sur nos pas, n’était pas dû à une impossibilité, pour notre cerveau, de gérer des informations inconnues et d’être saturé de propositions beaucoup trop perturbantes… D’où ces circonvolutions, ces tournis, ces virevoltes aboutissant à une sorte de marche arrière, à un retour vers le passé, vers quelque chose qui serait peut-être allez savoir, jugé plus sécurisant.

Je ne sais pas pourquoi cette étude m’a fait penser à toutes sortes de gens qui, ces jours-ci, saturés sans doute par trop de contradictions, voient la nuit en plein jour et finissent par se perdre. " Goebbels ! " dit l’un, c’est Philippe Moureaux, auteur donc de la loi qui porte son nom, exécutant de cette sorte stalinienne un adversaire journalistique controversé. " Pédophiles ! ", dit l’autre, c’est Laurent Louis, médiocre facteur de lettres anonymes, remettant les pendules à l’heure de l’élite pourrie, corrompue et perverse. " Illégaux ! ", claironne le dernier, c’est le vlaams belang mettant en ligne un courageux site de dénonciation des clandestins et des sans papiers.

Tous effectuant un magnifique mais évidemment pas inconscient demi-tour vers la délation et la stigmatisation et à ce titre tous condamnables, tous illégaux. Et tous aussi mandataires publics. Et tous élus.

Si jamais l’on vous demande d’où viennent donc ces violences dont on essaie de se prémunir dans les rues, vous n’aurez qu’à répondre : j’en sais rien mais je crois que j’ai voté pour aux dernières élections. Allez belle soirée et puis aussi bonne chance.

Paul Hermant

 

 

 

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK