Jan Jambon, l'art de la démission

Moment de vérité pour Jan Jambon, le ministre-président flamand (N-VA) et ancien ministre de l’intérieur. Il vient s’expliquer devant les parlementaires au sujet de l’affaire Chovanec. Mais s’il risque d’être mis en difficulté, il ne devrait pas démissionner une nouvelle fois. Car il ne faut pas l’oublier, il a déjà démissionné deux fois. Et il aurait démissionné au moins 5 fois s’il avait suivi les appels à la démission qui ont été lancés contre lui de la part de partis d’opposition.

Un vrai spécialiste

Quelques semaines après son entrée en fonction il a été appelé à démissionner pour avoir dit que les “collaborateurs avaient leurs raisons”. Certains ont demandé sa démission après la mort de la petite Mawda sur l’autoroute, d’autres après la révélation que Ibrahim el Bakraoui, l’un des kamikazes à l’origine des attentats de Bruxelles, était passé entre les mailles du filet alors que la Belgique disposait d’informations de la Turquie. Un comble après avoir traité ses prédécesseurs de laxistes.

Cette affaire-là, était particulièrement sensible. D’ailleurs pour éviter de devoir démissionner sous les lazzis de l’opposition, Jan Jambon a démissionné avant même qu’on lui demande. Mais puisque le pays était en situation de crise après les attentats, le Premier ministre a refusé sa démission.

Ce n’était donc plus la peine de lui demander. Et pour sa défense Jan Jambon a pointé le rôle d’un officier de liaison qui ne lui aurait pas transmis les informations. Lui, ne savait pas. Enfin, il a démissionné, pour de vrai, avec les autres ministres N-VA autour du pacte de Marrakech.

Contradictions

Jan Jambon s’est plusieurs fois contredit dans cette affaire, d’abord il ne se souvenait plus en avoir entendu parler du cas Chovanec, ni même avoir rencontré l’ambassadeur slovaque, et pourtant.

Jan Jambon met en avant le faible niveau d’information dont il disposait à l’époque. Et en l’occurrence le rapport de police qui est parvenu à son cabinet qui était lapidaire et incomplet. Le salut hitlérien, la très longue durée de l’immobilisation, l’utilisation d’une couverture, tout ça ne figure pas dans le rapport. Le problème est que dès l’ouverture d’une enquête judiciaire, l’enquête interne de la police s’est figée. Sauf divulgation d’un nouvel élément, voilà qui devrait suffire à maintenir Jan Jambon à son poste. Car la faute individuelle n’est pas établie. Par contre, certains estiment que Jan Jambon devrait démissionner au nom de la responsabilité ministérielle. C'est à dire démissionner au nom d'une faute importante commise par les services dont il avait la tutelle.

L’exemple de Tobback.

L’exemple le plus souvent cité d’une démission pour responsabilité ministérielle c’est le cas de Louis Tobback. En tant que ministre de l’intérieur, il avait démissionné après la mort de Semira Adamu. Il est intervenu dans les médias pour dire qu’a la place de Jan Jambon il démissionnerait. Pourtant ce n’est pas une très bonne comparaison. Le professeur de droit Benoît Frydman soulignait qu’à l’époque Louis Tobback avait lui-même rédigé une circulaire qui autorisait l’usage controversé de la technique de l’étouffement à l’aide d’un coussin pour calmer les demandeurs d’asile lors des expulsions. Il y avait donc un lien direct en la mort de Semira et le ministre. On peut dégager en plus de la responsabilité générale qu’il exerce sur ses services, une responsabilité individuelle.

Dans le cas Chovanec, sauf nouvelle découverte, il n’y a rien de tel. Le bon exemple de responsabilité ministérielle assumée pour un dysfonctionnement des services c’est celui de Johan Vande Lanotte (SP.a) et Stefaan De Clerck (CVP) au moment de l’évasion de Marc Dutroux en 1998. Mais une telle démission est difficilement imaginable de la part d'un ministre qui n'est déjà plus en charge. 

A ce propos. Le contre-exemple parfait, c’est le refus, 10 ans plus tôt, de Charles Ferdinand Nothomb (PSC) de démissionner après les manquements du drame du Heysel. Un refus qui avait largement indigné Jean-Luc Dehaene qui dans le gouvernement dont il avait la charge faisait régner une discipline assez stricte de la responsabilité ministérielle. Les années 90 furent d’ailleurs assez riches en démissions. Johan Vande Lanotte, Stefaan De Clerck, Marcel Colla, Karel Pinxten, Pierre Chevalier, Léo Delcroix.

Pas de règle

Les usages changent, les mœurs évoluent. La règle la plus intangible c’est qu’une démission intervient lorsqu’un ministre se retrouve lâché par son parti. La gravité de l’erreur ou de la faute est très variable et relative. À nouveau, Charles-Ferdinand Nothomb n’a pas été lâché par le PSC après le Heysel pourtant l’Etat avait gravement failli.

Par contre, certaines démissions interviennent pour des motifs beaucoup plus légers. Frédéric Laloux en sait quelque chose. En 2008, il est le tout nouveau secrétaire d’Etat à la pauvreté du parti socialiste. Il a dû démissionner après avait donné une interview se plaignant de devoir travailler depuis sa voiture.

Les présidents de parti lèvent ou baissent leurs pouces en fonction d’un calcul stratégique. Et pour l’instant la N-VA soutien Jan Jambon. Sauf nouvelle révélation d'une faute individuelle grave, ou audition catastrophique aujourd’hui, Jan Jambon ne partira pas.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK