Il n'y a pas encore de signal clair envoyé à la jeunesse

Envoyer un signal aux jeunes. C’est la volonté affichée par les différents gouvernements cette semaine. Les activités extrascolaires pourraient ainsi être à nouveau autorisées jusqu’à 18 ans. Cette mesure est une tentative de réponse à la détresse psychologique constatée chez de nombreux jeunes. Mais ce signal est loin d’être clair.

Un vrai assouplissement ?

Si le signal n’est pas très clair c’est qu’il n’est pas univoque. Comme pour les coiffeurs, les autorités tentent de donner des perspectives. Elles essaient d’annoncer un assouplissement pour éviter la dépression généralisée dans la population. Mais une fois la poussière des annonces retombée, on se rend compte que ces assouplissements sont loin d’être évidents comme l’a montré Himad Messoudi lundi dans sa chronique.

Les décisions ne sont pas encore prises, les entités fédérées se sont entendues mais doivent encore se concerter avec le fédéral ce jeudi. Mais les pistes des experts sont désormais connues et un compromis se dessine. C’est donc la reprise du sport, des mouvements de jeunesse et autres activités extrascolaires jusqu’à 18 ans, en extérieur. Jusqu’ici ça n’était autorisé que jusqu’à 12 ans.


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Mais, mais, mais, il faudra pour tous choisir une seule activité. Ce qui veut dire que pour les enfants qui en avaient deux, il y aura une restriction. Et bien sûr tout ça doit se faire avec des protocoles stricts, notamment une bulle de 10 personnes, sauf pour les congés de carnaval ou ce sera 25.

Détresse psychologique

Cette légère ouverture pour les jeunes devenait au fil des jours de plus en plus indispensable. Car les signaux qui remontent du terrain sont inquiétants. Encore cette étude de l’UCL et de l’université d’Anvers, un jeune sur deux serait en situation de détresse psychologique.

Or ce que nous vivons en ce moment est particulièrement difficile. Les infections remontent surtout chez les jeunes, les variants se propagent très rapidement dans les écoles, la vaccination est lente et chaque jour apporte son lot de problèmes de livraisons des vaccins.

Le signal pour les jeunes est envoyé dans le même temps que l’interdiction des vacances à l’étranger. En coulisses, le gouvernement se tient prêt à durcir les restrictions si malheureusement les chiffres continuent à se détériorer. Rien n’est simple, mais on frise la dissonance cognitive collective.

Vent de révolte

Mais il n’y a pas que la situation sanitaire qui rend le signal confus. Il y a aussi l’absence de prise en compte de la dimension générationnelle de la crise du Corona. On pourrait dire que la pandémie a suscité un conflit de générations. Et ce conflit ne se limite pas à une question d’activité extrascolaire et de psychologie, mais plus globalement à une question de solidarité intergénérationnelle.

Car dans cette pandémie il n’y a pas une génération sacrifiée, il y en a au moins deux. Les 20.000 morts sont très majoritairement des personnes de plus de 70 ans, c’est d’abord eux la génération physiquement sacrifiée. Et puis il y a les jeunes qui ont été les plus touchés par les mesures de restrictions. Il y a les étudiants dont on parle beaucoup et puis ceux dont on parle moins. Les autres jeunes, ceux qui avec des emplois plus précaires ont été les premiers à sauter. Les autres jeunes, ceux sans emplois, qui ont moins de perspectives que jamais de s’en sortir.

Ce qui veut dire que la solidarité intergénérationnelle n’est pas qu’une question de bulle et de contact sociaux, d’autant plus que beaucoup de jeunes n’ont même pas d’activités extrascolaires, et que pour eux il n’y a pas de signal. La dimension générationnelle est surtout une question économique et sociale et cela suscite une détresse psychologique bien plus profonde que la privation sociale.

Compensation pour les jeunes

Pour compenser les pertes liées aux fermetures, les autorités ont mis en place des amortisseurs. Des mécanismes imparfaits, mais qui ont permis d’éviter une catastrophe sociale. Ils ont aussi permis une reconnaissance publique de ceux qui ont dû sacrifier temporairement leur activité. Ça nous paraît normal.

Pour les jeunes la perte est moins quantifiable, mais elle est indéniable. Il faudra donc aussi une reconnaissance publique, une compensation, une réparation.

Plusieurs pistes circulent. Certains évoquent une allocation corona. Mais avant même de parler de ce genre de mesure, il faut débattre de l’adaptation des politiques publiques en particulier de la sécurité sociale.

On pourrait par exemple débattre des conditions devenues très strictes pour avoir droit au chômage quand on est jeune, on pourrait parler de revoir d’urgence le mécanisme de bourse afin d’aider financièrement les étudiants qui ont perdu leur boulot et n’ont plus réussi à payer leurs études. On pourrait mettre sur la table une rémunération spéciale pour les apprentis qui ont été privés de stage. On pourrait soutenir spécifiquement les jeunes indépendants qui se sont lancés récemment dans une activité. La liste des possibles "mesures générationnelles" est longue.

En conclusion, il y a un problème psychologique et il est logique que les autorités s’y attellent. Mais il y a aussi un problème générationnel qui est économique et social. Nous devons avoir ce débat. Parmi toutes les urgences, il y a aussi celle-là. Car si on refuse de se plonger dans ce vaste dossier de la solidarité intergénérationnelle, le signal envoyé à la jeunesse c’est qu’on l’abandonne.



 

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