Il faut une stratégie pour éviter la troisième vague

Reconfiner ou pas, confinement partiel ou global, attendre? C’est la question qui se pose aux politiques cette semaine. La Belgique est en mode gestion de crise, une nouvelle fois. Après avoir beaucoup procrastiné nous voilà une nouvelle fois au pied du mur. Pourtant sans perspectives, sans un objectif clair, on peut déjà se préparer à la troisième vague.

Le pied du mur

Les décisions qui vont se prendre fin de semaine seront largement dictées par l’évolution des derniers chiffres disponibles. Après l’effet report du week-end, ce mercredi les chiffres étaient très attendus et ils sont malheureusement mauvais. 411 hospitalisations pour la dernière journée, pas d’évolution de la courbe.

Aujourd’hui notre seul objectif, la finalité de toutes les décisions publiques, le sens des efforts qui nous sont demandés à nous citoyens c’est d’éviter l’effondrement du système de soins de santé. Exactement comme lors de la première vague. C’est évidemment important, indispensable même tant le droit pour tous d’être soigné est un élément fort du contrat social belge.

Mais ça, c’est un objectif de crise. Si c’est le seul que nous avons, nous pouvons déjà plus ou moins prédire qu’après une amélioration espérée de la situation, cet objectif s’éloignera à nouveau et nous nous retrouverons pour une troisième vague au mois de janvier en attendant un vaccin, dont l’efficacité à l’heure actuelle n’est pas encore garantie.

Il nous faut donc déjà penser au déconfinement de décembre et quel sera l’objectif fixé alors pour éviter le retour d'un tsunami.

Vivre avec le virus

En résumant deux grands choix sont possibles face aux épidémies, vivre avec le virus ou tenter de le supprimer. De facto, de manière plus subie que choisie, nous sommes aujourd’hui dans la première option en Belgique. Nous vivons avec le virus, nous le laissons circuler et nous prenons des mesures d’urgences lorsqu’il nous déborde. Après deux débordements, des milliers de morts, un impact psychologique majeur et des dizaines de milliards de pertes économiques la question se pose : où est le problème ? Est-ce qu’on ne s’est pas donné les moyens de "vivre avec le virus" ou est-ce que c’est l’objectif qui est mauvais ?

Suppression du virus

Si on change c’est pour enfin choisir une stratégie plutôt que de la subir. Aller sans doute vers la stratégie de la "suppression virale" largement prônée par l'OMS (pas totale c’est impossible). Résolument combattre chaque infection. C’est la stratégie sud-coréenne, japonaise, de la Nouvelle-Zélande. 

Ces pays ont mis en place, entre autres, des tests très rapides, un système très strict de contrôle des personnes infectées et des équipes de recherche des contaminations.

Il n’est pas du tout certain que ces modèles soient transposables chez nous, tant les habitudes culturelles sont différentes. Mais il est possible de se fixer l’objectif de ramener le virus à un taux de circulation très bas. Ce matin dans Het Laatste Nieuws, Geert Molenberghs, biostatisticien très influent auprès de Frank Vandenbroucke et d’Alexander De Croo, évoque la barre de 100 contaminations par 100.000 habitants pour que ce soit gérable. On est à 872 aujourd’hui. Beaucoup plus encore en Wallonie et à Bruxelles. 

Changer ou pas ?

Ne plus vouloir se retrouver au pied du mur. Voilà la priorité absolue. Mais cette priorité sautait déjà aux yeux au mois de juillet. Pourtant les dirigeants ont largement échoué. Du coup, il faudra aussi clairement souligner ce qui n’a pas marché aux différents niveaux de pouvoir. Pourquoi alors qu'ils avaient la possibilité dès le mois de juillet de mettre en place un système de détection et de suivi du virus, pourquoi ils n’en ont pas été capables ? Pourquoi ils ont tellement évoqué cet été la relance de l'économie, le dossier nucléaire, la question du premier ministre mais si peu la question de la stratégie de lutte contre le Coronavirus. 

Qu’est-ce qui relève de mauvais choix, de l’incompétence, de la bureaucratie, de la déresponsabilisation organisée en système entre région et fédéral ? Sans cela, n’importe quelle nouvelle stratégie risque d’échouer aussi certainement que l’ancienne. Sans cela, il n’y aura que peu d’adhésion de la population à toute nouvelle mesure qui serait décidée. Sans cela préparons-nous déjà à la troisième vague.

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