Grèce: encore une réunion de la dernière chance

Anne Blanpain
Anne Blanpain - © RTBF

Certains Européens devraient faire attention parce qu’il y a un moment où ça va finir par se voir qu’ils ne veulent pas de solution avec la Grèce alors qu’ils n’en finissent pas de répéter qu’ils sont prêts au compromis.

On peut évidemment considérer que chercher le compromis consiste à enfoncer la tête du gouvernement grec sous l’eau jusqu’au moment où ce gouvernement ne sera plus là pour négocier mais disons que généralement, dans l’Union, on a une définition une miette plus large du compromis.
Oh bien sûr j’entends déjà des voix m’expliquer que le gouvernement grec ne connaît aucun des codes en vigueur dans la zone Euro, qu’il est idiot de revenir avec les vieilles lunes des dommages de guerre, que les caricatures du ministre allemand habillé en nazi sont inacceptables, et qu’après tout, ok, ils ont gagné les élections mais comme tous les autres gouvernements.
Tout cela est évidemment vrai et on est surpris des erreurs grossières que le gouvernement grec commet, l’inexpérience n’excusant pas tout.

Erreurs des deux côtés

On est aussi surpris (ou pas tellement en fait) des erreurs grossières des autres. Ainsi donc les Grecs envoient une lettre à ses partenaires acceptant une partie des revendications de la zone Euro et appelant à des négociations. La lettre était à peine sur la table des Européens que Berlin annonçait rejeter la proposition grecque. Toujours cette recherche du compromis sans doute.
Un diplomate expliquait récemment que les Grecs en 5 ans n’avaient pas fait la moitié de ce qu’on leur avait demandé. Bizarre de le dire maintenant, quand les anciens gouvernements grecs ne sont plus là. Bizarre aussi d'entendre que donc les Grecs n’ont pas fait ce qu’on leur demandait, la troïka (Banque Centrale européenne, Fond Monétaire International et Commission européenne) qui les surveillait n’a pas pu l’ignorer mais les Européens ont tout de même débloqué des sommes folles à destination de la Grèce.
On entend aussi que le gouvernement grec tout de même est en place depuis presqu’un mois et qu’il n’a toujours pas produit de plan crédible de réforme de l’état. On peut juste rappeler que le nouveau gouvernement belge a obtenu 4 mois de la Commission pour présenter son budget alors même que deux partis de l’actuelle coalition étaient déjà dans la précédente équipe et connaissaient donc les chiffres. Ce qui n'est pas le cas de Syriza qui débarque. Je sais que la situation de la Grèce ne permet aucun délai mais tout de même.
Tout cela pour dire que finalement, on sent bien que les Européens sont fatigués du dossier grec, qu’ils ne sont pas prêts à faire beaucoup d’efforts et je ne parle pas ici que d’efforts financiers. Bien sûr on peut les comprendre. Mais une fois encore, on est un peu surpris de la facilité avec laquelle certains jouent avec l'avenir de la zone euro, surpris aussi de la difficulté pour certains d'envisager juste d'ouvrir des négociations.

Anne Blanpain

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