Futuromètre: pourquoi il faut croire aux enseignants

L’enseignement francophone n’est en forme. C’est ce qui ressort du Futuromètre, ce baromètre citoyen réalisé par la firme AQ Rate pour Le Soir et la RTBF. Pour 7 francophones sur 10 notre enseignement n’est pas de bonne qualité. Pour 8 personnes sur 10 nous constaterions même un nivellement par le bas. Et pourtant, ce n’est pas une question d’argent.

Notre enseignement a les moyens : je suis allé vérifier dans le budget de la Fédération Wallonie -Bruxelles, qu’on appelle aussi la Communauté Française. Sur un budget total de 9 milliard 8 en 2016, les trois quarts étaient consacrés à l’enseignement. Notre communauté rémunère un peu plus de 100 000 enseignants. Ils gagnent correctement leur vie, sans plus, même si c’est un jugement subjectif et discutable. Pour 10 ans d’ancienneté on tourne aux alentours de 1800-1900 euros net pour un instituteur. On monte aux alentours de 2200 euros pour un professeur du secondaire, diplôme universitaire à l’appui. Ce n’est pas la misère mais c’est pas non plus Byzance puisque contrairement aux idées reçues le travail de l’enseignant ne se limite pas aux heures de cours. Il y a la préparation, les corrections, la remise à niveau et surtout une vraie charge psychologique ou émotionnelle. Se retrouver face à une classe d’enfants ou d’adolescents aujourd’hui ce n’est pas la même chose que dans les années 60. Les élèves sont plus turbulents, moins disciplinés, il faut savoir les tenir et capter leur intérêt, c’est un véritable défi.

L’investissement de la communauté en faveur de l’école est donc conséquent. Le coût d’une scolarité de la maternelle au secondaire correspond à peu près 80 000 euros par élève. C’est ce que nous investissons pour ses 15 années passées à l’école. Si cet élève poursuit à l’université et décroche un master nous atteignons 118 000 euros.

Si ce n’est pas un problème de moyens quel est le problème ?

Surement un problème d’organisation. La structure de nos réseaux, avec le libre d’un côté, l’officiel de l’autre est le produit de l’histoire, mais il y a probablement là une déperdition d’énergie. D’une école à l’autre, d’un quartier à l’autre les performances sont très variables.

Il y aussi et surtout un problème de reconnaissance du rôle de l’école et de ses acteurs. L’instituteur d’autrefois était un notable, une personne importante et respectée. Ce n’est plus tout à fait le cas aujourd’hui même si dans notre Futuromètre 93,5% des personnes interrogées considèrent que les enseignants remplissent un rôle essentiel dans la société. On compte à la fois beaucoup sur l’école, et en même temps on a laissé les enseignants échanger la blouse contre une sorte de blues. Ils ont le sentiment d’être peu écoutés, mal formés, pas aidés et au final se retrouvent à la limite du burn out ou préfèrent quitter l’école.

J’ai deux messages ce matin. D’abord dire bravo aux enseignants, puisqu’en formant des élèves ils préparent le futur de notre société, nous comptons sur eux. Ensuite rappeler que le rôle de l’enseignant c’est d’apprendre à lire, à écrire. Les mathématiques, le néerlandais, l’histoire. Apprendre à dire bonjour, à respecter l’autre, à fermer son smartphone, à écouter ou à accepter une sanction cela peut se faire à l’école bien sûr. Mais cela doit aussi se faire en famille à la maison. Le paradoxe c’est que les parents et notre société tout entière comptent peut-être un peu trop sur les enseignants, mais pas pour les meilleures raisons.

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