François Fornieri et la chute de la république bananière d'Outremeuse

François Fornieri et la chute de la république bananière d’Outremeuse
François Fornieri et la chute de la république bananière d’Outremeuse - © Tous droits réservés

Coup de tonnerre à Liège, l’homme d’affaires François Fornieri est en prison. C’est le patron de l’entreprise pharmaceutique Mithra, ancien administrateur et président du comité de rémunération de Nethys. C’est la première fois que d’anciens responsables de Nethys se retrouvent incarcérés.

Il n’y a pas loin des loges du Standard à celle de Lantin. Enfin pas loin, il y a loin quand même puisqu’il a fallu des mois et des mois d’instruction judiciaire pour déboucher aujourd’hui sur au moins une inculpation et incarcération. Alors que l’affaire rejoignait doucement la salle des archives médiatiques, la voilà spectaculairement ressortie.

Qui ? 

Qui ? François Fornieri est certainement l’homme d’affaires le plus puissant à Liège, et sans doute en Wallonie. Les Flamands l’appellent "le Marc Coucke Wallon". Patron entre autres de Mithra, une pépite pharma wallonne. Pour réussir, François Fornieri à plus que quiconque soigné ses réseaux, et à Liège cela veut dire soigner ses réseaux avec le politique. François Fornieri excelle dans la construction d’entités qui bénéficient de subsides multiples et variés. Il rencontre ainsi Stéphane Moreau. Quand Mithra va mal en 2014, Stéphane Moreau, patron de Nethys injecte des millions d’euros du fonds de pension Ogeo Fund.

Sans Stéphane Moreau, François Fornieri ne serait pas devenu François Fornieri.

Dans sa chute, Stéphane entraîne François

François, Stéphane. Stéphane, François. A un moment, cette proximité, devient consanguinité. Elle verse dans un affairisme des copains quand François devient président du comité de rémunération de Nethys. C’est lui qui doit donc décider du salaire de Stéphane. Et ce qu’il décide est forcément très généreux, surtout quand Stéphane se retrouve en difficulté. François décide de lui octroyer des indemnités de rétention. C’est un mécanisme qui vise à contourner la limitation des salaires votée par le Parlement de Wallonie. Au total, François a validé le versement de 18,6 millions d’indemnités et de bonus, dont 8,6 millions d’euros pour Stéphane.

Un montant colossal, presque ridicule tellement il est en décalage avec la réalité. François a le sens de l’amitié, mais aussi des affaires. Il va tenter de s’octroyer les beaux morceaux de l’empire déchu de Stéphane. Ainsi il reprend courageusement Elicio pour 2 euros symboliques. Un montant dérisoire, presque ridicule tant il est en décalage avec la réalité. Heureusement, ce deal a été cassé par la tutelle wallonne. D’après les administrateurs actuels de Nethys, les deux filiales que Stéphane voulait généreusement céder à François ont rapporté l’année passée 35 millions d’euros.

Marche

Désormais François est à Marche. Et tous les yeux se tournent vers Stéphane. C’est logique, leur destin semble se croiser jusque dans la chute. François a profité de la république bananière d’Outremeuse construite par Stéphane avec Nethys. Ensemble ils ont participé à un système immoral et sans doute illégal. C’est désormais à la justice de le confirmer. Or on sait qu’entre immoralité et illégalité il y a parfois un gouffre, tant ces affaires politico-financières sont techniques et difficiles à boucler. Dernièrement Stéphane a d’ailleurs bénéficié d’une transaction pénale dans le dossier Tecteo-Ogeo. François et Stéphane n’ont pas encore dit leurs derniers mots.

La Première: les coulisses du pouvoir (22/01/2020)

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