Francken et les ravages de la reductio ad Hitlerium

Bertrand Henne
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Les critiques contre le secrétaire d’État à l'Asile et la Migration, Theo Francken, ont continué toute la journée de ce mercredi. Et on a rapidement vérifié la loi de Godwin : plus une discussion en ligne dure longtemps, plus la probabilité d'y trouver une comparaison impliquant les nazis ou Adolf Hitler s’approche de un.

Cela a commencé dès le matin, avec l’interview de Jean-Marc Nollet par Thomas Gadisseux. Le député Ecolo a osé une comparaison entre le profilage des migrants par des émissaires du régime soudanais et la collaboration avec la police allemande durant la Seconde Guerre mondiale.

Ce rapprochement a été pas mal repris sur les réseaux sociaux, jusqu’à la caricature des jeunes écologistes pastichant Theo Francken en uniforme nazi. Une affiche censurée par Facebook et à propos de laquelle le secrétaire d’État à l’Asile a demandé des excuses. Excuses refusées par Ecolo.

L’affiche d’Ecolo j est l’exemple même de ce qu'il ne faut pas faire : identifier, apparenter Theo Francken à un nazi. C’est une outrance qui ne peut que le servir. On est là dans la définition de la loi de Godwin, celle où, pour chercher à discréditer son adversaire, on en vient à le comparer à un nazi. Theo Francken en demandant des excuses se retrouve dans la position de victime, ce qu’il adore. Il a d'ailleurs attendu cette faute d'Ecolo sur Twitter pour réagir plus vite que son ombre.

Outre que l'objectif soit loupé, c'est tout l’exercice de comparaison avec les années 30 et la Seconde Guerre mondiale, qui n’est pas du tout inutile, que l’on discrédite.

Reductio ad Hitlerium

Le philosophe François De Smet, qui par ailleurs est à la tête de Myria, le centre fédéral migration, estime que l’utilisation de la reductio ad Hitlerum est le signe "d’une société où la plupart des idéologies sont démonétisées et incapables de se doter de références universelles et indiscutables du bien, de la vérité ou de la justice. Voilà à quoi sert Hitler dans une période aussi dépourvue de gouvernail".

Il a indéniablement raison. Voilà qui doit nous pousser à éviter autant que possible la réduction à Hitler. Mais ceci ne veut pas dire non plus qu’il est interdit de se plonger dans l’histoire. 

Vichy, Pétain et le MR 

Hervé Hasquin, historien, libéral, ancien ministre-président de la Communauté française le fait avec beaucoup d'intelligence et de références. Il a dit, dans Débats Première ce mercredi : "Rapatrier des réfugiés vers une dictature sanglante, cela me fait penser au régime de Vichy, cela doit nous inciter à la plus grande vigilance. Il faut se souvenir de ce qu'il peut arriver à des êtres humains lorsqu'ils sont renvoyés dans des régimes honnis et méprisables".

Ici personne n’est traité de nazi, personne n’est caricaturé, personne n’est discrédité. Par contre, l’histoire est convoquée dans notre époque sans boussole. Oui, les droits de l’Homme et les valeurs humanistes sont malmenées, et ne sont plus des références indiscutables du bien, de la vérité ou de la justice.

C'est pour cela que l'action de Theo Francken crée le malaise. Et c’est pour ça que les regards se tournent vers Charles Michel dont le parti, à la différence de la N-VA, consacre toujours comme référence de son action l’universalité des droits humains.

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