Francken et le cache sexe australien

Bertrand Henne
Bertrand Henne - © RTBF

C’est une petite rentrée politique qui se prépare avec l’avant dernière ligne droite avant les élections communales. Il reste 14 semaines avant le 21 juillet. 14 semaines avant la prochaine pause politique. 14 semaines pour tenter de gagner la bataille de l’opinion. 14 semaines de période politique à moitié utile. Plus la campagne va se durcir, plus l’action politique deviendra compliquée, en particulier au fédéral.

Et pour marquer la campagne, imposer ses thèmes, personne ne fait mieux, pour l'instant, que la N-VA. Quelques heures avant la rentrée, un message Facebook, une petite idée signée Theo Francken : copier le modèle d’immigration australien. C’est la politique du no-way qui impose des quotas d’accueil stricts et précis. Sans visa, il n’y a pas d’entrée possible sur le territoire australien.

Un modèle très critiqué par les associations de défenses des droits de l’Homme

L’Australie repousse littéralement à la mer, ou plutôt sur des îles isolées, les candidats à l’asile qui ne sont pas passés par la filière légale. Un modèle très dur donc, un modèle insulaire, qui favorise l’immigration choisie par la distribution de visas au cas par cas.

On pourrait beaucoup évoquer cette volonté d'intérêt pour le modèle australien en se demandant "l’Europe et la Belgique en particulier peuvent-elles devenir une île ? Et à quel prix?"

Mais ce qui est assez intéressant, c’est que cette dernière sortie de Theo Francken reflète en réalité un malaise, une certaine nervosité. C’est une réponse directe au Vlaams Belang qui a beaucoup communiqué ces derniers jours sur les chiffres de l’immigration en Belgique.

Les chiffres d'immigration en hausse

Car s'il est vrai que le nombre de réfugiés est en baisse comme s'enorgueillit Theo Francken, ce n’est pas le cas du nombre d’immigrés en général, c’est à dire de tous les étrangers qui s’installent en Belgique grâce notamment au regroupement familial.

Il suffit en effet de regarder les rapports de Myria, le centre fédéral migration. C’est très clair, l’immigration n’a cessé d’augmenter jusqu’en 2010. Avec 140 000 arrivées d’étrangers. Puis cela a baissé en 2011, 2012, 2013. Soit les trois années du gouvernement d’Elio Di Rupo. Cela repart à la hausse en 2014, en 2015, et en 2016 avec 136 000 étrangers, on atteint presque les records. C’est à dire que les trois premières années du gouvernement Michel ont coïncidé avec une augmentation de l’immigration en Belgique malgré tous les discours et actions musclés de la N-VA. L'idée australienne est donc aussi un cache sexe. Attaqué, Theo Francken avait besoin de durcir le ton, de reprendre la main dans ce débat. 

 

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